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Commerces en souffrance, ville en déshérence

Quand la locomotive commerciale de la ville de Clermont-Ferrand, (Centre Jaude 1 & 2) prend l’eau, c’est tout le commerce Clermontois qui se noie. Certes, il y a eu le Covid et le remboursement souvent difficile des aides avancées. Certes, il y a l’inexorable progression du commerce en ligne. Certes enfin, il y a ces travaux interminables en centre-ville qui découragent plus d’un acheteur, qu’il soit local ou habitué à venir faire ses achats dans l’ancienne capitale auvergnate. L’accumulation de ces différents facteurs conduit toutefois à une seule et même issue : les rideaux tombent, les commerces ferment.

Le centre Jaude 1 est une exceptionnelle réussite depuis 44 ans, mais les succès story ne sont pas éternelles. Face aux multiples fermetures successives, la direction du centre commercial met en avant les nombreuses ouvertures à venir. Certains espaces apparaissent pourtant comme durablement inoccupés. Si l’accès à Jaude demeure compliqué, ce centre commercial a l’avantage de bénéficier de deux parkings de 600 places, or la place de parking devient une essence rare à Clermont. Nul ne peut plus ignorer la volonté affirmée de la municipalité de restreindre très fortement la place de la voiture en ville, que ce soit pour circuler ou se garer.

Un choix discutable qui ressemble à un repli de la ville de Clermont sur elle-même et à la réalisation d’un mur d’enceinte invisible (syndrome de la forteresse ?) au moment où certains célèbrent une Europe sans frontières et un monde globalisé. Alors, futuriste ou anachronique ?

Le commerce clermontois a besoin d’une ville ouverte sur les territoires périphériques. A l’inverse, les territoires de première et de deuxième couronne ont besoin de services dits structurants propres aux métropoles. C’est vrai pour l’enseignement supérieur, l’accès à certains soins et à des fonctions notamment commerciales ou récréatives que seuls des tissus urbains denses peuvent offrir.

Penser que l’effondrement du commerce local serait de peu d’importance constitue une erreur d’analyse. Comme une digue attaquée par les flots de la mer, la perte des premières couches protectrices n’est pas anodine. À terme, c’est l’ouvrage lui-même qui est menacé et derrière, tout ce qu’il est censé protéger. Au-delà de la question d’un commerce en grande souffrance et livré à lui-même, c’est la question de la ville et de son fonctionnement (notre mode de vie) qui se pose.

On ne peut déplorer un recul de la démocratie dans notre pays et dans le même temps ne pas associer les habitants d’une cité à des choix essentiels pour le devenir de celle-ci.

Gageons que bien peu de clermontois souhaitent que leur ville devienne une Marseille sans la mer et les calanques mais avec ses pauvres, sa drogue, sa délinquance et ses administrations tout à la fois pléthoriques et inefficaces.

En quelques années seulement, les amoureux de Clermont ont vu leur ville changer, souvent pour le pire. Entre béton et pistes cyclables, entre béton et tiers-mondialisation.

Il est temps de réagir. Les milieux économiques, par leur passivité, ont une part de responsabilité. Les citoyens, en se désintéressant des politiques publiques, en ont une également. Il appartient désormais à chacun de jouer collectif pour arrêter ce qui ressemble à une descente aux enfers afin de retrouver le chemin d’une ville dans laquelle il fait bon vivre. Moins de dogmatisme, plus d’humanisme. La disparition silencieuse de nos commerces sonne comme le tocsin qui prévient d’un danger imminent. Sachons l’entendre.

Alexandre Lenoir