Bon à savoir

Pourquoi avoir quitté Clermont?

En 2018, j’ai décidé de m’installer à Clermont-Ferrand. J’hésitais avec Limoges, mais Clermont semblait plus dynamique sur le plan économique. De plus, ayant eu l’occasion de parcourir un peu Limoges lors d’une formation professionnelle en 2010, je n’avais pas été séduite par la ville. Pas rebutée non plus, mais il n’y a pas eu de coup de foudre. En revanche, Clermont et ses montagnes, la nature à deux pas, sa cathédrale… surtout la cathédrale et les ruelles environnantes, le street art, les petites boutiques pleines de charme… Sans oublier ce Puy-de-Dôme qui apparaît ici et là entre deux bâtiments, même en plein centre-ville. Je me suis tout de suite sentie chez moi. J’ai eu la chance d’habiter quelques mois dans un appartement avec vue sur ce « phare » local depuis mes fenêtres.
Je venais d’un milieu rural où tout – emploi, loisirs, commerces – se trouvait à au moins 30 km. Arriver en ville signifiait pour moi la possibilité de sortir plus facilement, de moins utiliser la voiture grâce aux transports en commun, et d’accéder à des opportunités de formation et d’emploi que je n’aurais trouvées nulle part ailleurs.

La fin de 2018 et le début de 2019 ont été marqués par une phase de découverte. Je me suis beaucoup baladée, j’ai exploré les transports en commun, notamment la ligne 13. D’abord entre les Hauts de Chamalières et la Maison de la Culture, puis vers le quartier Chambon et Ballainvilliers. J’ai aussi découvert les structures d’aide pour les projets professionnels, pour finalement réaliser qu’elles étaient similaires à celles d’ailleurs. Un peu plus d’options, un peu plus d’offres, mais aussi plus de candidats, donc plus de concurrence. Mais j’avais de l’espoir, et tout me semblait aller pour le mieux.

Puis, en 2020, tout a basculé. Comme nous tous, j’ai vécu les confinements, les couvre-feux, les « essentiels » et « non-essentiels ». La ville s’est soudain vidée de sa vie, comme à la campagne. C’était l’ère du tout livrable, de la distanciation sociale (ce qui n’est pas toujours une mauvaise chose), et de l’isolement. Cette année-là, j’ai déménagé sur le boulevard Lafayette, recherchant le calme. Malheureusement, ce fut tout le contraire. Entre les nuisances de voisinage, les bruits de coups dans les murs en pleine nuit, des objets qui tombent, ou encore des éclats de voix sous mes fenêtres, même des bouchons d’oreilles ne suffisaient pas à me procurer un semblant de tranquillité. Le bruit incessant des portes de l’association située au rez-de-chaussée et la circulation constante faisaient partie du quotidien, jusqu’à devenir une normalité en ville.

Cependant, avec le début des travaux du réseau de chaleur, puis du projet Inspire en juillet 2022, la situation est devenue insupportable. Les automobilistes, un peu perdus, klaxonnaient à répétition, particulièrement au carrefour Lafayette/Pochet Lagaye. La circulation, plus dense et plus lente, laissait les moteurs tourner sous mes fenêtres bien plus longtemps qu’avant. Tous ces désagréments ont fini par éteindre la flamme que j’avais pour Clermont. Circuler à pied devenait un véritable parcours du combattant, digne de Koh-Lanta : poussière, tranchées, détours de plus en plus fréquents. Sortir le matin avec des chaussures propres et arriver à un rendez-vous avec des chaussures souillées devenait un véritable problème.

C’est là que j’ai pris conscience qu’il était temps de quitter cette ville. Le reste était certes gênant, mais tolérable, avec l’espoir d’une amélioration à terme. Cependant, vivre un an au milieu des travaux, et savoir que la ville entière allait subir le même sort pendant quatre ou cinq ans encore, c’était trop. Je ne trouvais plus aucun plaisir à me promener en ville, à prendre un bus qui prenait deux fois plus de temps à cause des déviations, ou à m’asseoir en terrasse face à des tranchées.
J’ai modifié mes habitudes de consommation, de manière minime mais durable. Au lieu de faire mes courses en voiture au Leclerc de La Pardieu, je me rendais désormais à celui du Brézet, plus simple et plus rapide depuis que les travaux avaient commencé sur le carrefour Oradou/Schuman en juin 2023.

En partant fin août 2023, je n’ai pas eu à subir le reste des travaux. Et j’en suis bien heureuse, car le peu que j’ai vécu était déjà assez éprouvant. Je ne sais pas si j’aurais supporté de voir ce que deviennent la place Renoux et le secteur Ballainvilliers.
Je garde en mémoire la ville que j’ai découverte en 2018 : vivante, agréable, pleine de surprises et facile à parcourir. Si les lieux que j’affectionnais et les relations que j’avais nouées me manquent, je sais que je n’aurais pas supporté cette phase intensive de travaux, quel que soit le mode de transport : à pied, en bus ou en voiture.

Marie Durand