Bianchi Maximi titre
Bon à savoir

Le Chagrin et la Pitié revisité

En 1969, Marcel Ophüls sortait le film Le Chagrin et la Pitié. Centré sur la ville de Clermont-Ferrand il brisait le mythe gaulliste d’une France unie dans la Résistance pour témoigner, au-delà de la collaboration, de la faiblesse humaine, des petites lâchetés ordinaires et de la complexité morale inhérente à une époque troublée. L’histoire ne se répète pas, mais elle peut bégayer quand elle renoue avec la confusion, l’érosion des mémoires et des valeurs. Le 22 mars prochain, les Clermontois désigneront les élus qui, pour 7 ans (à titre exceptionnel), présideront aux destinées de la ville. Le choix ne se résumera pas, comme d’habitude, au choix entre deux projets politiques différents. Il s’accompagnera d’une question morale majeure. Un vieux parti tel que le PS, consubstantiel à la ville de Clermont, peut-il vendre son âme à une formation politique qui a fait de la violence, de l’antisémitisme et du communautarisme ses principaux ressorts ?

« C’est parce que je suis de gauche que je ne vote plus à gauche », expliquait Alain Finkielkraut comme d’autres intellectuels de gauche avant lui tels Jacques Julliard et Jean-Daniel.

Michel Foucault, en précurseur, déclarait déjà en 1964 : « La gauche existe mais elle ne sait plus qui elle est. » Les choses ne se sont pas arrangées.

Le PS, même très rabougri, existe toujours à Clermont-Ferrand, mais sait-il qui il est et pourquoi il existe ? Est-ce pour mettre en œuvre un vaste projet de transformation sociale, d’accompagnement et de protection des plus faibles, ou ne vise-t-il qu’à conserver ses postes et les avantages qui vont avec ? La liste concurrente de droite et du centre menace-t-elle à ce point le travail social de la ville, les services publics qui font sa force, qu’il faille s’allier à une formation politique qui a quitté par ses outrances et sa violence les rives de la République ?

NON. Cette alliance est une faute morale impardonnable.
Impardonnable au regard d’une ville et d’un territoire qui aiment l’Ovalie et les valeurs qu’elle porte : le courage, le panache, la rectitude. Impardonnable au regard d’une ville qui avait accueilli dès 1939 l’université de Strasbourg et qui a subi dans sa chair les rafles des 25 juin et 25 novembre 1943.
Impardonnable au regard du résistant Gabriel Montpied, maire emblématique et aimé de Clermont élu six fois.
Comme notre pays, la France, Clermont-Ferrand a une trajectoire historique sinusoïdale marquée par des hauts et par des bas.
L’alliance passée avec LFI s’inscrit dans l’un de ces moments de faiblesse.
On objectera que LFI sauce clermontoise, ce n’est pas vraiment LFI nationale. Marianne Maximi pourtant n’est pas ce bon docteur Laffont, ce médecin des quartiers au service des habitants. Marianne Maximi est députée LFI, elle appartient de fait à La Meute et ne s’est jamais désolidarisée des positions outrancières de ses collègues (Rima Hassan, Raphaël Arnault, Thomas Portes…) et de son mouvement.
Passer un accord avec LFI, c’est de fait, signer un pacte avec le diable sur le dos de nos compatriotes de confession juive, ceux dont on moque le nom sous les rires gras qu’on retrouve dans le public de Dieudonné. Passer un accord avec LFI, c’est accepter d’importer « le bruit et la fureur » de Mélenchon dans une ville qui n’aspire qu’à retrouver la tranquillité et la bonhomie de ses années dorées.
Même élimé jusqu’à la corde le PS, ne serait-ce que par respect vis à vis de ses anciens militants et dirigeants, mérite autre chose que le mépris affiché par Mélenchon lorsque, lors du meeting de Bondy du 4 mars dernier, ce dernier déclarait : « Les socialistes sont de gros combinards. Ils ne vont pas nous coûter trop cher à acheter pour le second tour. Quand ils disent pas d’accord national, ça veut dire faites votre tambouille localement ! » La suite se devine : la défaite et le déshonneur.
C’est toutefois par la défaite que le PS et la gauche de gouvernement se reconstruiront, pas par la compromission. Alors, oui, comme Alain Finkielkraut, c’est parce que je suis de gauche que je ne voterai pas à gauche le 22 mars prochain.