baillon contestation
Bon à savoir

Il faut sauver le soldat Killing

C’est l’histoire d’un maire, battu aux élections, qui ne digère pas sa défaite et qui tente de réécrire le scénario. Pour cela, il lui faut un bouc émissaire facile, forcément fourbe et déviant. Et voila comment avec un « média » ami, on jette l’opprobre sur un individu dont le crime aura été de permettre, via une page Facebook, de porter à connaissance du plus grand nombre les dérives et dysfonctionnements d’une équipe municipale qui se pensait intouchable.

Dans cette mauvaise pièce de théâtre, il faut s’attarder un peu sur les acteurs. Au centre Olivier Bianchi. Bruce le Tout-Puissant qui pensait tenir fermement entre ses mains le territoire en usant pour cela de toutes les ficelles. Celles de patron de la ville de Clermont et de la Métropole, plus de 4000 agents aux total, mis aux ordres par des actions disciplinaires pour faire taire les agents jugés trop bavards. Celles aussi des réseaux en tous genre. Celles encore des médias locaux qu’on tient, entre achats d’espaces publicitaires, subventions ou menaces à la Trump de vous black-lister si vous êtes trop curieux ou désobligeant.

Alors, quand un petit homme gris, un modeste fonctionnaire vient jouer le chien dans un jeu de quilles en créant SaccageClermont, on n’apprécie pas. On méprise au départ et puis très vite on s’irrite et on essaye à de multiples reprises de tuer le chien en faisant croire qu’il a la rage. A gauche, on adore citer Jaurès « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire », mais dans la pratique, on n’aime pas les lanceurs d’alerte, les briseurs d’omerta.

Une première vague de rumeurs sur le fondateur de Saccageclermont est lancée, sans trop de succès. L’étape suivante consiste alors à jouer l’amalgame : les « Saccageurs » seraient tous d’horribles fachos ce qui évite d’avoir à s’abaisser à leur répondre. Nouveau flop, la page Facebook ne cesse de gagner en abonnés et apparaît incontrôlable. Alors, on sort les muscles. La police et la justice sont instrumentalisées dans une histoire soigneusement montée en épingle. L’un des modérateurs de la page Facebook, mineur, a la mauvaise idée d’utiliser l’IA pour réaliser une vidéo de mauvais goût sur des élus municipaux. Tel un terroriste, il est interpellé au petit matin chez ses parents et placé en garde à vue. Un marteau pilon pour écraser une mouche. La justice ne s’en laisse pas compter et classe l’affaire sans suite. Un demi-succès quand même pour la mairie qui a fait une démonstration de force et rappelé qu’elle est le pot de fer alors que Saccage serait le pot de terre. La suite lui donnera tort. La majorité municipale sortante est balayée aux municipales.

A posteriori, le maire battu comprend son erreur. « Déclencher la révolution, fût aussi simple que de ramasser une plume » aimait à dire Lénine. Philippe Killing en offrant avec SaccageClermont un espace de cristallisation des mécontentements est incontestablement un artisan majeur de l’alternance à Clermont-Ferrand. L’histoire aurait pu s’en arrêter là, mais c’était sans compter sans la frustration d’un maire battu qui n’accepte pas la défaite. Après avoir privé son successeur de la présidence de la Métropole, il fallait clouer au pilori le chef des Saccageurs. Par la pire des méthodes, celle qui constitue à livrer l’honneur d’un homme aux chiens. Pour cela il est fait appel à un média local Mediacoop qui confond déontologie et idéologie, une microstructure soutenue financièrement par l’ancienne municipalité avec une journaliste réputée proche de LFI. Dans les faits, Mediacoop est au journalisme ce que LFI est à la démocratie. Aucune enquête sur le naufrage financier du CCAS, ses 30 contractuels licenciés et ses 250 bénéficiaires radiés. Aucun papier sur la gabegie de la candidature à la Capitale Européenne de la Culture qui donne lieu à un rapport au vitriol de la Cour des Comptes. Non, cette officine est là pour servir des intérêts politiques et est donc activée pour sortir un dossier sur P. Killing. Un tissu d’accusations graves, jamais étayées par des documents ou des témoignages autres qu’anonymes. Vieille méthode stalinienne, il ne s’agit pas d’apporter des preuves mais de susciter le doute pour mieux briser un homme.

A cette heure, il est difficile de savoir quel sera l’épilogue de cette affaire, notamment si la justice sera saisie pour établir ce qui relève de la vérité et ce qui relève de la diffamation. La méthode utilisée, par son extrême violence, interpelle : jeter le discrédit social sur un individu pour le disqualifier. Au-delà de la vengeance gratuite du geste, celui-ci témoigne que son auteur n’a décidément rien compris à l’époque et à ses concitoyens qui demandaient justes à être entendus et respectés. En voulant faire de Phillipe Killing un coupable, il pourrait en faire un homme à défendre. Il faut sauver le soldat Killing.