Mediacoop à Clermont : quand le journalisme militant remplace le débat par la disqualification
Lorsqu’une directrice de média local, se revendiquant « indépendante », « professionnelle », « de gauche » et engagée contre la désinformation, refuse le débat politique frontal avec des collectifs citoyens pour lui préférer la disqualification des personnes, il ne s’agit pas d’un détail éditorial.
Il s’agit d’un choix politique.
Héloïse Lebourg, directrice de Mediacoop, incarne à Clermont-Ferrand une conception du journalisme qui mérite d’être interrogée publiquement : une pratique qui se revendique « du peuple », tout en adoptant des méthodes qui déplacent le conflit des idées vers l’attaque des individus.
Héloïse Lebourg, journaliste, co-fondatrice et directrice de Mediacoop, média coopératif clermontois se revendiquant explicitement de la presse indépendante, engagée et « de gauche ». Son parcours et ses prises de position publiques s’inscrivent dans une tradition de journalisme militant, proche des milieux alternatifs, de l’éducation populaire et des causes progressistes.
Matthias Simonet, co-fondateur de Mediacoop, documentariste et animateur de projets d’éducation aux médias. Son engagement s’inscrit clairement dans une culture politique de gauche critique, valorisant les luttes sociales, les contre-pouvoirs et une lecture politique du journalisme comme outil d’émancipation.
Diriger un média, c’est exercer un pouvoir symbolique
Être directrice de média, ce n’est pas seulement produire de l’information.
C’est structurer l’espace public local : déterminer ce qui est discutable, qui est audible, et sous quel angle.
Ce pouvoir symbolique engage une responsabilité démocratique.
Dans une perspective matérialiste, il constitue une fonction idéologique au sens gramscien : il participe à la production de l’hégémonie culturelle.
Lorsqu’il est utilisé non pour organiser le débat politique, mais pour délégitimer socialement des acteurs, il cesse d’être un outil de médiation.
Il devient un instrument de régulation idéologique.
Revenir à l’essentiel : qu’est-ce qu’un média ?
Un média est, par définition, un outil de médiation scientifique, culturelle et politique.
Il relie.
Il éclaire.
Il permet la confrontation des arguments.
Il n’est pas censé :
– psychologiser le débat,
– personnaliser les conflits,
– ni substituer l’analyse biographique à la critique politique.
Lorsque cette frontière est franchie, la médiation devient domination symbolique, au sens bourdieusien : un pouvoir qui s’exerce d’autant plus efficacement qu’il se présente comme neutre ou moral.
Un cas emblématique : le traitement médiatique de l’administrateur de SaccageClermont
C’est précisément ce basculement qui apparaît dans un article public, toujours accessible, publié par Mediacoop sous la direction d’Héloïse Lebourg, consacré au créateur et à l’administrateur du groupe.
Cet article ne s’attaque pas prioritairement :
- aux positions politiques portées
- aux analyses développées
- ni aux arguments formulés collectivement
Il s’attarde en revanche longuement sur :
- des éléments de trajectoire personnelle
- des relations privées
- des emplois anciens
- des épisodes biographiques sans lien direct avec le débat politique en cours
Ce choix éditorial n’est pas anodin.
Il révèle un déplacement du conflit, du terrain politique vers le terrain moral et social, en propageant des fakenews afin de le discréditer. C’est l’arme favorite de la presse de gauche française.
Du débat politique à la disqualification sociale
Lorsque l’argumentation politique devient difficile, ou impossible à démonter, une autre méthode apparaît : attaquer la personne plutôt que les idées.
Ce procédé est bien connu dans l’histoire des luttes sociales :
- il individualise ce qui est collectif
- il moralise ce qui est structurel
- il fragilise socialement au lieu de contredire intellectuellement
Ce n’est pas un accident. C’est un choix de ligne éditoriale.
Et ce choix produit un effet politique clair : certaines paroles citoyennes sont rendues illégitimes non parce qu’elles sont fausses, mais parce qu’elles sont socialement disqualifiées.
La fausse compassion conduit au maintien de l’ordre des choses. Et sous couvert de bons sentiments, on devient complice des méfaits de la bourgeoisie.

Une contradiction flagrante avec le discours « du peuple »
Se revendiquer « média du peuple » tout en utilisant des méthodes de disqualification personnelle est une contradiction majeure.
Historiquement, les classes populaires ne se sont jamais émancipées par :
- le soupçon moral
- la fouille biographique
- la stigmatisation individuelle
Elles se sont émancipées par :
- le débat d’idées
- l’organisation collective
- la conflictualité politique assumée
Un média qui abandonne ce terrain pour s’en prendre aux individus ne sert pas le peuple.
Il reproduit, consciemment ou non, des réflexes de domination culturelle caractéristiques des fractions intellectuelles de la bourgeoisie.

Mediacoop : indépendance revendiquée, médiation refusée
Mediacoop revendique une indépendance économique et éditoriale.
Mais l’indépendance ne se mesure pas seulement à l’absence de publicité ou de capitaux privés.
Elle se mesure à la capacité :
- d’affronter des idées réellement dérangeantes
- de soutenir des conflits politiques effectifs
- de ne pas confondre critique politique et discrédit social
Or, les pratiques observées montrent une indépendance formelle, mais une compatibilité réelle avec les cadres dominants du débat politique local.
Vigilance Citoyenne Clermont-Métropole : une autre conception du média
Notre association assume une ligne claire :
- débattre des idées
- attaquer les structures de pouvoir
- refuser la personnalisation et la moralisation des conflits politiques
Nous ne prétendons pas être neutres.
Nous prétendons être fidèles à la fonction première du média : la médiation démocratique au service des dominés, et non la pacification idéologique de l’espace public.
Un média « de gauche » fonctionnel à l’ordre bourgeois local
Dans une perspective marxiste, la question n’est pas de savoir si un média se dit « de gauche », mais à quelles forces sociales il est objectivement utile.
Un média peut adopter un vocabulaire progressiste, défendre des causes culturelles légitimes, et néanmoins jouer un rôle central dans la reproduction de l’hégémonie bourgeoise locale, en évitant soigneusement toute conflictualité réelle avec le pouvoir institutionnel.
Cette forme de journalisme relève moins d’une gauche politique conflictuelle que d’une gauche culturelle, morale et symbolique, parfaitement intégrable à la gouvernance municipale et métropolitaine existante.
La critique y est autorisée tant qu’elle reste :
- individualisée
- dépolitisée
- sans conséquence sur les rapports de pouvoir concrets
Ce type de média ne soutient pas nécessairement le pouvoir en place par des consignes explicites.
Il le soutient plus efficacement encore par son silence structurel, sa sélection des cibles, et sa capacité à détourner la colère sociale vers des figures secondaires plutôt que vers les structures dominantes.
C’est ainsi que fonctionne l’hégémonie : non par la censure brutale, mais par la canalisation acceptable de la critique.
Le peuple n’a pas besoin de faux contre-pouvoirs
Un média du peuple ne détruit pas socialement.
Il politise.
Un média du peuple ne fouille pas les trajectoires individuelles pour éviter le débat.
Il affronte les arguments.
Un média du peuple ne craint pas la conflictualité démocratique.
Il l’organise.
Lorsque ces principes sont abandonnés, le mot « peuple » devient un vernis idéologique.
Et la médiation, une fiction au service de l’ordre établi.
Pour aller plus loin :








