Dans sa séance du 6 octobre 2023, le Conseil Municipal de Clermont-Ferrand a adopté à l’unanimité un dispositif intitulé « Proposition citoyenne ». Présenté comme un nouvel outil de démocratie participative, ce dispositif suscite des interrogations quant à ses modalités de mise en œuvre. Malgré les intentions affichées, l’analyse des critères et des procédures révèle une volonté implicite de compliquer l’exercice de cette participation citoyenne. Voici une étude détaillée de ce dispositif et de ses obstacles majeurs.
1. Un seuil de signatures démesuré
Le dispositif impose aux porteurs de proposition de réunir au moins 700 signatures dans un délai de quatre mois. Ce chiffre, bien qu’accessible pour de grandes organisations ou collectifs structurés, représente une barrière importante pour des citoyens ou des associations modestes. Dans un contexte où la participation active est souvent limitée, cette exigence peut dissuader les initiatives locales pertinentes mais moins populaire.
2. Des critères de recevabilité restrictifs et flous
Pour être acceptée, une proposition doit :
- Relever exclusivement des compétences communales.
- Ne pas être déjà abordée dans une concertation précédente ou prévue.
- Respecter des critères d’intérêt général sans créer de bénéfices privés.
Ces exigences, bien qu’à première vue légitimes, laissent une marge d’interprétation importante à l’administration, ce qui peut être utilisé pour déclarer irrecevables certaines propositions sur des bases subjectives.
3. Une succession d’étapes complexes
Après validation initiale, les propositions doivent passer par plusieurs phases :
- Une collecte de signatures validée par l’administration.
- Un atelier citoyen composé d’habitants tirés au sort.
- Des consultations par d’autres instances participatives locales.
Cette lourdeur administrative multiplie les barrières et ralentit le processus. Par ailleurs, aucune limite temporelle n’est imposée pour ces étapes, augmentant le risque de retards.
4. Un pouvoir discrétionnaire étendu du Maire
Malgré le cheminement complet d’une proposition, le Maire conserve la possibilité :
- D’inscrire ou non la proposition à l’ordre du jour du Conseil Municipal.
- De décider seul de ne pas donner suite, sans justification obligatoire.
Ce pouvoir discrétionnaire limite l’impact réel du dispositif et réduit la portée de la démocratie participative.
Un processus dissuasif : des exemples concrets
- Mobilisation difficile des citoyens non organisés : Une association de quartier souhaitant proposer un aménagement d’un espace public pourrait ne pas réussir à mobiliser 700 signataires en quatre mois, faute de ressources humaines et financières.
- Critères flous à interprétation variable : Une proposition liée à un sujet déjà évoqué partiellement dans une concertation antérieure pourrait être rejetée sans qu’une discussion approfondie ait lieu.
- Allongement des délais : Une question urgente, telle que l’aménagement de dispositifs temporaires face à des aléas climatiques, serait freinée par les différentes validations imposées.
Un outil participatif ou un frein à l’engagement citoyen ?
Malgré son objectif affiché de renforcer le dialogue entre citoyens et élus, la Proposition citoyenne de Clermont-Ferrand semble être conçue pour restreindre son propre usage. En rendant les procédures longues et complexes, et en imposant des seuils élevés, ce dispositif démontre une volonté implicite de limiter les initiatives populaires.
Cette situation interroge sur la sincérité de l’engagement municipal pour une démocratie participative réelle. Pour qu’un tel outil devienne un vecteur efficace de participation, des réformes seraient nécessaires :
- Réduction du seuil de signatures.
- Délais raccourcis et clairement définis.
- Suppression du pouvoir discrétionnaire du Maire pour les propositions validées.
L’association Vigilance Citoyenne Clermont Métropole appelle à une réflexion collective pour que cet outil soit réellement accessible et efficace. Sans ces ajustements, la Proposition citoyenne risque de demeurer un instrument symbolique plutôt qu’un moteur de participation citoyenne.
Rejoignez Vigilance Citoyenne Clermont Métropole pour demander des améliorations concrètes à ce dispositif et renforcer la voix des citoyens dans la gestion de notre ville. Ensemble, exigeons une démocratie participative authentique !





