Le 24 septembre 2025, le journal télévisé de France 3 Auvergne diffusait un extrait consacré aux « coulisses du réseau Inspire ». Un reportage rythmé par une musique entraînante et des images léchées, conçu pour donner envie et pour présenter le chantier sous son meilleur jour. Derrière cette vitrine, la communication est savamment orchestrée.
Le journaliste est accueilli à la base vie de Cournon-d’Auvergne, centre névralgique de la coordination du projet Inspire, annoncé à 325 millions d’euros. Un chiffre qu’il faudra soigneusement retenir, car les comparaisons avec le coût réel, une fois révélé, risquent d’être édifiantes. Les caméras filment des préfabriqués transformés en décor de travail appliqué, où s’activent des équipes mises en avant pour l’occasion.
Un certain Victorien apparaît avec ses tableaux et graphiques bien préparés. Mais France 3 omet de préciser son rôle exact, laissant le spectateur sur sa faim. Il explique que l’on ne peut pas bloquer l’accès d’un riverain à son domicile. Une remarque pleine de bon sens, mais qui entre en contradiction flagrante avec les expériences de nombreux Clermontois, privés d’accès pendant des jours, parfois des semaines entières, à cause de ces mêmes travaux.
Même procédé avec Sébastien, lui aussi présenté sans fonction officielle, qui s’attarde sur l’utilité d’une station témoin… appelée à être détruite une fois le chantier achevé. Quelle pertinence réelle pour l’usager ? Là encore, la question reste soigneusement éludée.
La fin du reportage met en avant le nouveau dépôt de la T2C. Cette fois, France 3 prend soin de nommer Philippe Lemeau, chargé d’opération « nouveau dépôt et ouvrages d’art Inspire ». Il insiste sur l’importance de ces nouveaux bâtiments, censés permettre plus de services. Une affirmation trompeuse puisque la réalité du projet Inspire concerne avant tout les lignes BHNS, et non une extension de service significative. Les images s’attardent également sur les ombrières photovoltaïques, présentées comme capables de couvrir 100 % de l’énergie consommée par les nouvelles lignes. Mais comment atteindre un tel objectif lorsque le rendement moyen d’un panneau solaire plafonne entre 15 et 20 %, sans compter les périodes de faible ensoleillement, l’hiver ou par temps couvert ?
Autre séquence, celle des 40 nouveaux bus BHNS, facturés un million d’euros chacun. Une facture lourde, rarement rappelée dans ce type de reportage promotionnel. Enfin, Stéphane Panin, directeur du projet Inspire, conclut en reconnaissant que le sous-sol réserve parfois des « surprises ». Autrement dit, les fouilles et analyses préalables n’auraient pas été menées avec la rigueur attendue pour un chantier d’une telle ampleur.
Ce reportage offre donc une vision très favorable du projet, proche d’un film promotionnel.
Une communication savamment planifiée
Ce coup de projecteur ne doit rien au hasard. Le lendemain même, 25 septembre 2025, Olivier Bianchi organisait une grande conférence de presse pour présenter ses chiffres et tenter d’imposer l’idée que le projet Inspire constitue le socle de sa future réélection. Une communication calibrée, avec pour objectif de rallier une opinion publique de plus en plus critique.
Mais la réalité s’invite toujours dans le calendrier politique : le même jour, une annonce vient ternir la mise en scène. On apprend que la livraison des bus BHNS connaîtra pour la plupart un retard. Les chantiers, eux, sont toujours en cours un peu partout dans la ville et certains ne seront pas terminés pour le 30 septembre. Mieux encore, il est déjà prévu que d’autres chantiers se poursuivent bien après les élections municipales de 2026… mais en attendant, tout sera habilement mis en pause pour ne pas contrarier les électeurs au moment du vote. Quelle délicate attention.
Ce reportage, suivi de la conférence de presse, relève moins d’une information que d’une mise en scène soigneusement pensée. Les images, la musique, les témoignages partiels et les omissions créent l’illusion d’un chantier maîtrisé et bénéfique. La réalité, elle, se résume à des retards, des blocages, des surcoûts et des nuisances quotidiennes pour les habitants. Les Clermontois doivent rester vigilants : on tente de vendre une image lisse d’Inspire, quand la vérité des faits démontre au contraire une manipulation de l’opinion.








