Clermont-Ferrand et le vélo : entre propagande médiatique et réalité du terrain
Le 30 septembre 2025, France 3 a consacré un reportage à la pratique du vélo à Clermont-Ferrand, à partir du baromètre de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB). La présentatrice annonce d’emblée : « Clermont n’est pas encore le paradis des cyclistes, mais c’est en bonne voie ».
Une mise en scène idéalisée
Le reportage débute par une séquence en apparence idyllique : une sortie d’école à 16h, avec quelques parents et enfants circulant à vélo. Les familles interviewées affirment toutes habiter en ville et travailler non loin de l’école, ce qui rend en effet la pratique du vélo adaptée à leur situation. Mais ce cas de figure ne peut pas être généralisé à l’ensemble des habitants de la métropole, dont beaucoup n’ont pas leur lieu de travail à proximité immédiate et pour qui le vélo reste difficilement praticable.
Les chiffres annoncés : une lecture à nuancer
France 3 met en avant le compteur du boulevard Sud, qui afficherait 212 000 passages depuis le début de l’année, soit « plus de 1 000 vélos par jour ». Or, si l’on rapporte ce chiffre au nombre exact de jours écoulés depuis le 1er janvier (274 jours au 1er octobre), la moyenne réelle est de 774 vélos par jour.
Ce chiffre reste en outre très variable : il est bien plus faible les week-ends, lors des épisodes de pluie, ou durant les vacances d’été où la pratique du vélo chute fortement. Présenter ce compteur comme une preuve d’un « engouement massif » relève donc d’une communication orientée.
Des intervenants toujours issus des mêmes cercles militants
Les personnes interrogées défendent toutes des positions favorables au vélo, en parfaite adéquation avec les associations locales qui militent pour son développement. Sans surprise, Didier Fromont, membre de Vélocité 63, figure parmi les intervenants. Cette même association avait déjà participé à plusieurs mises en scène médiatiques, comme celle du « rond-point à la hollandaise ».
L’absence totale d’interviews de conducteurs coincés dans les embouteillages ou de riverains critiques souligne un manque de pluralité dans le traitement journalistique. Aucune voix discordante n’est venue nuancer ce discours qui ressemble davantage à de la propagande qu’à une enquête équilibrée.
Objectif 365 km de pistes d’ici 2028
La métropole annonce la livraison de nouvelles pistes cyclables d’ici la fin de l’année, pour atteindre un total de 365 km à l’horizon 2028. Mais derrière ces chiffres impressionnants, aucune réflexion n’est apportée sur la cohérence du réseau, son usage réel, ou son impact sur la circulation automobile, déjà fortement perturbée par les chantiers.
L’exemple de Langeac : un contraste révélateur
Le reportage se termine par un détour à Langeac, en Haute-Loire. Là-bas, seulement 2 km de pistes cyclables existent, mais le maire Gérard Beaud rappelle une évidence : avant de multiplier les pistes, il faut traiter les problèmes de stationnement et de circulation. Il met en avant la création de 200 places de stationnement en périphérie, afin d’encourager les habitants à finir leurs trajets à pied ou à vélo. Une approche pragmatique, qui tranche avec celle de Clermont-Ferrand où aucune politique de ce type n’a été sérieusement envisagée.
Conclusion
Sous couvert de relayer le baromètre de la FUB, ce reportage de France 3 reprend largement les arguments des associations pro-vélo et de la métropole, sans donner la parole aux usagers qui subissent chaque jour embouteillages, suppressions de stationnements et désorganisation du trafic. Derrière la communication officielle et les chiffres enjolivés, la réalité reste plus nuancée : Clermont n’est pas, et de loin, le paradis des cyclistes.





