En s’attaquant bille en tête au groupe Facebook Saccageclermont dont le principal crime est d’être devenu la vitrine sans fard d’un mécontentement populaire spontané, La Montagne a montré qu’elle n’était plus en phase avec son époque. Pire, elle a franchi le Rubicon en prenant fait et cause, sans finesse ni recul, contre une mobilisation populaire, pour l’équipe municipale clermontoise sortante. Au risque d’apparaître comme un bulletin municipal de seconde zone.

Il y aurait beaucoup à dire sur la crise structurelle que traverse la presse écrite. La Montagne du groupe Centre France a pour l’instant en partie limité la casse, mais son lectorat continue de vieillir et de se réduire. En confiant la direction éditoriale à Stéphane Vergeade (49 ans), les dirigeants de La Montagne pensaient apporter un nouveau souffle aux rédactions. C’est tout le contraire. L’éditorial qu’il signe contre Saccageclermont est avant tout un acte politique d’allégeance à la mairie de clermont. Exit le semblant d’indépendance d’un titre que les Puydomois ont depuis longtemps surnommé « La Pravda ». Depuis l’arrivée de S. Vergeade, La Montagne peut s’enorgueillir d’un zéro pointé en investigations. Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire. Rien sur la folie immobilière et les centaines de millions qu’elle brasse, rien sur l’urbanisme, rien sur les réseaux de drogue, rien sur l’insécurité. Le titre a choisi un suivisme total, préférant faire ses choux gras de sujets sans intérêt, comme les bars et les restaurants (jamais ceux qui ferment). Pas de vagues, à l’image de la rente tranquille, des avis de décès, des annonces légales ou de publireportages à peine habillés.
Alors évidemment, quand un groupe Facebook commence à s’intéresser successivement aux nids de poule, au fonctionnement de la mairie, aux travaux interminables, à l’insécurité, aux immeubles qui poussent comme des champignons, non seulement il rencontre le succès, mais il génère de l’inquiétude. Notamment de la part d’un journal en situation de monopole qui voit émerger une source d’information alternative, dynamique et incontrôlable. Inquiétude également du côté de la mairie qui voit se cristalliser les mécontentements sur la tête de certains élus, parfois avec grossièreté et violence.

Cette gilet-jaunisation de Saccageclermont suscite des crispations, mais surtout une incompréhension majeure. Persuadée qu’il s’agit d’un complot politique pour la faire tomber, la mairie refuse tout dialogue. Pire, elle joue l’intimidation en judiciarisant la publication d’une vidéo produite par IA. Son auteur, un mineur inoffensif, est interpellé tel un terroriste à son domicile et placé en garde à vue. Son identité, sa vie et sa famille sont exposées dans la presse. Aucune sanction pénale pourtant n’est rendue à son égard.
De son côté, la Montagne, loin de se remettre en cause, ne saisit pas l’occasion de renouer avec un journalisme de proximité au plus près des habitants et des sujets qui les préoccupent. A l’inverse, le journal stigmatise Saccageclermont sans jamais lui donner la parole.
Faute de pouvoir faire taire le groupe Facebook, les vieilles méthodes sont alors utilisées. Jeter le discrédit sur le groupe en tentant de le faire passer pour un rassemblement de fachos bas du front. Pour les administrateurs, on use de rumeurs infondées colportées avec une malveillance bien organisée. Stratégie perdante. Une fois sorti, on ne fait pas rentrer le dentifrice dans le tube. Toutes les attaques contre Saccageclermont, loin de l’affaiblir, le renforce. Sans forcément souscrire à ses posts, son lectorat explose. Le chiffre de 150 000 est avancé par mois. S’il arrive à mieux modérer ses contenus dans la forme sans pasteuriser le fond, il décuplera son influence.
Reste à écrire la suite. Les prochaines élections dans moins d’un an donneront l’occasion de faire des choix. Quel rôle jouera Saccageclermont ? Cette question hante bien des états-majors, mais Saccageclermont le sait-il lui-même ? Le candidat qui saura en extraire la substantifique moelle aura toutes les chances de s’asseoir dans le fauteuil de maire. Mais si, du côté de La Montagne, on ne s’interroge pas plus sur la ligne éditoriale, une imprimante pourrait bientôt suffire à remplacer les rotatives. Car si les alternances politiques sont statistiquement inévitables, les journaux, comme leurs lecteurs, sont mortels.





