misère sociale
Bon à savoir

Clermont-Ferrand en vitrine, Clermont-Ferrand en détresse : deux villes qui ne se croisent plus

Hier soir, Vigilance Citoyenne était présent à l’inauguration du nouveau magazine Le Petit Futé, organisée à la Coupole, en plein cœur de Clermont-Ferrand.
Une salle circulaire illuminée de rose et de violet, des spots accrochés au plafond, des tables couvertes de pains, de pâtisseries, de produits artisanaux. Sur nos photos, on voit des groupes de visiteurs discuter devant les stands, un verre à la main, dans une ambiance détendue.

Petit futé inauguration 1
Petit futé inauguration

Au centre de la salle, les producteurs locaux présentent leurs spécialités : pains dorés alignés dans des cagettes, mini-tartelettes brillantes sous la lumière, jus artisanaux, farines Label Rouge, sodas auvergnats habillés de couleurs vives. Les affiches mettent en avant le terroir, la tradition, la “filière locale”, le savoir-faire français.

Une belle vitrine. Vraiment.

Mais, au milieu de ces scènes festives et colorées, une question nous a frappés : dans quelle ville cette célébration prend-elle place ? Et à qui ressemble-t-elle — ou pas ?

25 % de pauvreté : le chiffre qui plane au-dessus des cocktails

Clermont-Ferrand, 160 000 habitants.
Clermont-Ferrand, 25 % de taux de pauvreté.
Clermont-Ferrand, une ville où un quart de la population connaît aujourd’hui des difficultés matérielles graves — parfois au point de ne pas manger tous les jours à sa faim.

Pendant que les buffets débordent, que les dégustations s’enchaînent et que la soirée célèbre la “douceur de vivre” locale, plusieurs dizaines de milliers de Clermontois vivent un quotidien invisible dans ces événements : fins de mois impossibles, logements précaires, solitude, problèmes de santé liés à la privation, addictions nourries par la détresse sociale.

Ces chiffres, que tout le monde connaît mais que personne ne regarde vraiment, résonnent étrangement avec les images de fête que nous avons prises.

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Petit futé inauguration c’est la fête

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Petit futé inauguration c’est la fête partie 2

Deux Clermont-Ferrand qui ne se croisent plus

La soirée de la Coupole, c’est l’image d’un monde : celui où l’on savoure, où l’on trinque, où l’on parle terroir et gastronomie locale.
Ce monde existe, il est réel, il est animé.

Mais il coexiste avec un autre Clermont-Ferrand, celui que l’on ne photographie jamais : la ville populaire qui s’enfonce, celle où les solidarités peinent à tenir, où des familles renoncent à des repas, où l’on voit les ravages de la pauvreté dans les rues et dans les corps.

Ces deux villes partagent le même code postal, mais plus le même quotidien. Et surtout, elles ne se rencontrent plus.

Petit futé inauguration 4
Petit futé inauguration

Vigilance Citoyenne : documenter l’écart, sans détourner le regard

Notre intention n’est pas d’opposer les producteurs qui travaillent dur aux habitants en difficulté.
Il ne s’agit pas non plus de dénoncer la soirée en elle-même.

Mais notre rôle, à Vigilance Citoyenne, est de documenter ce que l’on voit et ce que l’on ne veut pas voir.

Hier soir, nous avons vu une fête. Mais nous avons aussi vu, en creux, l’absence de toute une partie de la ville, celle qui n’a pas accès à ces lieux, à ces buffets, à ces moments “réservés”.

Et cette absence dit quelque chose de plus fort que les discours.

Nous continuerons à parler des réalités sociales, à montrer ce qui est là, à rappeler que la ville ne peut pas se contenter de sa vitrine.
Parce qu’une ville se juge à sa capacité à ne laisser personne derrière elle,  pas seulement à la beauté de ses événements.

Quand la démocratie locale ne parle plus à toute la ville

Cette fracture sociale se retrouve aussi dans les urnes.
Aujourd’hui, les élections municipales semblent surtout s’adresser à la partie de la population qui vote encore : les classes moyennes et supérieures, celles qui participent à la vie publique, qui connaissent les candidats et qui se sentent représentées.

Dans les quartiers populaires, le constat est tout autre. Le taux d’abstention y est massif, et ce n’est pas un hasard : quand on ne parvient plus à boucler son mois, quand on peine à manger tous les jours, quand on ne voit jamais les élus dans son quartier, on finit par ne plus croire que voter puisse changer quoi que ce soit.

Et tant que ce désengagement restera aussi fort, une partie du monde politique local pourra continuer à gouverner sans jamais avoir à se confronter à la réalité vécue par les plus précaires.
Les “amis” voteront, les mêmes profils seront élus, et la ville continuera de se construire sans ceux qui en auraient pourtant le plus besoin.