Le 16 août 2025, le journal de France 3 Auvergne a consacré un sujet à la montée inquiétante du narcotrafic. La séquence commence par une présentation rapide de la sénatrice Madame Canalès, venue défendre la municipalité, avant que le journaliste ne reprenne chronologiquement les événements sanglants qui secouent la ville depuis le début de l’année.
Un rappel glaçant des faits
11 février 2025 : un homme de 25 ans est abattu à proximité du stade Marcombes.
Avril 2025 : un jeune Albanais de 20 ans succombe à ses blessures près de l’avenue Charras.
Mai 2025 : le corps partiellement calciné d’un adolescent est retrouvé dans une voiture, un couteau planté dans la tête.
13 août 2025 : un nouveau corps carbonisé est découvert dans un véhicule lui aussi incendié.
Cette succession de crimes violents met en lumière une spirale meurtrière autour de ce narcotrafic que les autorités peinent à contenir.
L’intervention de Madame Canalès
Invitée à réagir, Madame Canalès a surtout cherché à dédouaner la municipalité. Selon elle, le narcotrafic défie l’État et relève avant tout de ses responsabilités régaliennes. Elle a insisté sur l’existence d’un Contrat Local de Sécurité (CLS) signé depuis 2021 entre la Ville, la Métropole, le Préfet et la Procureure, preuve selon elle d’un engagement ancien.
Interrogée sur la loi récente contre le narcotrafic, la sénatrice a reconnu sa nécessité, tout en expliquant qu’elle se mettait en place « progressivement ». Une justification surprenante quand d’autres textes législatifs, parfois bien plus complexes, sont appliqués immédiatement.
Enfin, Madame Canalès a conclu avec fermeté : « La drogue n’est pas un sujet municipal mais un sujet régalien », renvoyant toute responsabilité à l’État, sans répondre directement aux inquiétudes sur le climat d’insécurité croissant à Clermont-Ferrand ainsi qu’à la première question du journaliste.
Un décalage qui interroge
Cette séquence illustre une constante : face à des faits de plus en plus graves, la parole publique locale consiste à minimiser la responsabilité municipale et à insister sur le rôle de l’État. Or, la municipalité dispose bel et bien de leviers : police municipale, arrêtés, prévention, organisation des espaces publics.
La répétition des drames depuis février démontre qu’au-delà des déclarations, la question de la sécurité à Clermont-Ferrand reste entière et largement non résolue.
Le post Facebook de Madame Canalès
La veille de son passage sur France 3, la sénatrice avait publié un long message sur Facebook au sujet du drame du 13 août. Son texte illustre parfaitement sa ligne de communication : insister sur le caractère national et mondial du trafic de drogue, rappeler les actions de l’État et de ses partenaires, et marteler que le problème dépasse largement l’échelle municipale.
Mais ce discours, très appuyé sur le vocabulaire institutionnel et sur la dilution des responsabilités, élude la question centrale : comment Clermont-Ferrand, ville moyenne, en est-elle arrivée à une telle accumulation de meurtres, de règlements de comptes et de cadavres calcinés en si peu de temps ? En tentant de noyer la spécificité locale dans une lecture nationale du phénomène, Madame Canalès esquive le débat sur la gestion concrète de la sécurité au quotidien dans la capitale auvergnate.

Qu’il s’agisse de son message publié le 15 août sur Facebook ou de son passage le lendemain au journal de France 3, la sénatrice Canalès applique la même méthode : multiplier les références au rôle de l’État, élargir le problème à l’échelle nationale pour le diluer, et insister sur le caractère « régalien » de la lutte contre la drogue. Cette rhétorique a un effet clair : exonérer la municipalité et la métropole de toute responsabilité immédiate dans la gestion de la sécurité locale.
Mais à force de répéter que « tout relève de l’État », la parole publique locale devient un paravent commode qui laisse dans l’ombre une réalité gênante : la multiplication des homicides sur le territoire clermontois n’est pas une abstraction nationale, c’est un fait concret et quotidien que subissent directement les habitants.





