Les morts violentes se succèdent à Clermont sur fond de guerre de territoires entre gangs, souvent ethniques, de trafiquants de drogue. À elle seule, la délinquance aura plus changé le visage de la ville en quelques mois que les 350-400 millions d’euros injectés dans le pharaonique et interminable projet de transports en commun. Le nouveau départ promis par Inspire a soudainement pris l’allure de dernier souffle pour une ville à la croisée des chemins.

Car si tu ne t’occupes pas de la délinquance, la délinquance s’occupe de toi. Patiemment, mais efficacement, elle a tissé sa toile dans l’espoir de faire son miel dans une ville attrayante par son potentiel de clientèle, entre étudiants, populations précaires, et bobos adeptes de la transgression. Au pied des volcans, l’ex capitale régionale s’est endormie en se rêvant Californie. Elle se réveille avec la gueule de bois en Chicago ou plutôt en Marseille. Marseille sans la mer et les calanques, mais avec la drogue, la violence et la pauvreté.
Comment a t-on pu en arriver là se demandent de nombreux Clermontois, incrédules devant la rapidité de la dégradation ? Il en va de l’écosystème urbain comme des toiles d’araignée. Coupez ici et là quelques fils, il ne se passe rien. Enhardissez-vous en continuant votre besogne, toujours rien. Et puis c’est le coup de ciseau de trop. La toile s’effondre en se repliant sur elle-même. Les toiles d’araignée, comme la vie des écosystèmes ne tiennent souvent qu’à un fil.
Des coups de ciseaux à Clermont, il faut le dire, il y en a eu beaucoup et depuis longtemps. De l’arrogance, du dogmatisme du clientélisme aussi. En pensant tout d’abord que Clermont pouvait accueillir toute la misère du monde sans limites, à l’exact inverse de ce que préconisait un ancien Premier ministre socialiste. Il faut dire que la gauche locale après des décennies de gestion sans partage s’est coupée de la réalité et a préféré, par facilité, l’idéologie à l’ordre républicain et au bon sens.
Le bilan est simple et terrible. Des caméras et une police municipale restreintes, une sympathie naturellement plus dirigée vers la voyoucratie que vers ceux qui incarnent la réponse pénale, un laxisme latent, omniprésent. Et toujours la même rengaine des excuses sociologiques : le coupable, c’est la société, l’Etat, jamais les individus, ni les élus. Ni responsables, ni coupables.
Sur un tel terreau, les mauvaises herbes ne pouvaient que prospérer. Comme un mal qui se répand dans un corps dont le système immunitaire s’est progressivement affaibli. On connaît la suite.
Aujourd’hui, le dentifrice est sorti du tube. Il est illusoire ou mensonger de penser ou de laisser penser qu’il va y rentrer gentiment. C’est une guerre de territoire qui s’est ouverte. Elle ne sera gagnée que si la puissance publique épaulée par la société civile locale entre dans la danse avec la volonté chevillée au corps de reconquérir la ville rue après rue, quartier après quartier, consommateur après consommateur. La facture du laxisme finit toujours par arriver. La note qui nous est présentée est aujourd’hui salée. Il faudra en conséquence faire des choix décisifs, tant financièrement qu’idéologiquement, pour pouvoir la régler.
En 1957, quand le monde stupéfait découvre que les Russes sont les premiers à avoir lancé un satellite artificiel dans l’espace, les Américains sont effarés. Ils n’avaient rien vu venir. Pourtant, loin de baisser les bras, ils se ressaisissent et décident politiquement de se donner les moyens de gagner la bataille de l’espace. On appelle ce point de bascule « le moment Spoutnik ». C’est ce déclic psychologique qu’il faut aujourd’hui enclencher. Les élections municipales de mars 2026 doivent permettre aux Clermontois de décider de leur avenir en toute connaissance de cause.
La sécurité, première des libertés, est l’affaire de tous. À commencer, celle des électeurs.
E.D.
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