Nous sommes le dimanche 25 mai 2025, le ciel est clair, et c’est un beau jour pour suspendre un instant le stress et le vacarme ambiant engendrés par les travaux afin de réfléchir posément à un scénario que beaucoup jugeraient encore « improbable », mais dont chaque pièce s’emboîte aujourd’hui avec une précision troublante.
Il y a quelques mois, l’annonce de la fermeture brutale du supermarché Auchan Nord, situé dans le quartier populaire de la Croix de Neyrat, a provoqué une onde de choc parmi les habitants. Officiellement, les raisons avancées relèvent des « difficultés économiques », du « manque de rentabilité » et de la « baisse de fréquentation ». Pourtant, une lecture plus attentive des faits laisse entrevoir une tout autre trame : celle d’un abandon progressif, organisé, voire cyniquement (potentiellement) exploité, par la municipalité actuelle.
Étape 1 : Laisser pourrir le lieu
Depuis plusieurs années, les signaux d’alerte s’accumulaient : absence d’entretien du parking, insécurité grandissante sans réponse municipale, désertification commerciale autour du centre, transports publics dégradés par les bandes du coin. La mairie, pourtant parfaitement informée des tensions économiques du secteur et des demandes réitérées des commerçants et des riverains, est restée d’une passivité déconcertante.
Pourtant, en 2023, sans aucune grande communication préalable, la municipalité a discrètement racheté la galerie marchande attenante à l’hypermarché pour un montant de 700 000 euros. Ce rachat, voté dans une relative indifférence médiatique, aurait pu être le point de départ d’un redéploiement structurant. Il n’en a rien été. Aucun projet concret n’a été annoncé, aucun plan de revitalisation n’a été engagé, et l’insécurité n’a pas bougé.
L’achat a donc toutes les apparences d’un coup stratégique, effectué sur un site volontairement laissé à l’abandon, dans l’objectif de faciliter un contrôle futur de l’ensemble du périmètre. Un mécanisme classique : laisser dépérir, dévaluer, puis acquérir à bas coût, sans réelle opposition ni mobilisation citoyenne, grâce à l’usure orchestrée du lieu.
Étape 2 : Une solution communautarisée, sortie du chapeau
Quelques jours après la fermeture d’Auchan, la mairie fait fuiter dans la presse locale l’existence d’un repreneur potentiel : le groupe HMarket, enseigne communautaire halal très implantée dans certaines banlieues d’Île-de-France. Aussitôt, les réactions fusent : d’un côté, une partie de la population se réjouit d’avoir une offre alimentaire de proximité, de l’autre, de nombreux habitants — toutes origines confondues — s’interrogent sur l’intention réelle de ce choix. Pourquoi une option si étroitement identifiée à une clientèle spécifique ? Pourquoi aucun appel à projets plus large n’a-t-il été lancé ? Pourquoi aucune concertation préalable avec les comités de quartier ou les associations de consommateurs ?
En réalité, tout semble indiquer que la mairie cherchait à créer un effet de sidération : placer l’opinion publique face à un dilemme communautaire pour mieux imposer ensuite sa propre solution.
Étape 3 : La reprise municipale, ultime tour de passe-passe (à confirmer)
Face aux tensions suscitées par l’arrivée supposée de HMarket, la mairie commence alors à jouer la carte de la « vigilance républicaine ». Dans les couloirs de la métropole, on évoque soudainement l’option d’un rachat des murs par une SEM (Société d’Économie Mixte) ou directement par la collectivité, sous couvert d’empêcher « une ethnicisation du commerce local ».
Un revirement présenté comme une initiative courageuse, mais qui apparaît en réalité comme la dernière étape d’un processus de captation municipale : affaiblir le tissu commercial jusqu’à provoquer une vacance, susciter une peur identitaire contrôlée, puis reprendre en main les actifs pour en faire une vitrine politique.
Cette séquence, si elle se confirme, signe une nouvelle étape dans la stratégie d’ingénierie urbaine de la municipalité : manipuler les leviers de la dégradation contrôlée pour renforcer sa mainmise sur le territoire. Loin de tout projet démocratique ou concerté, il s’agit de transformer les quartiers populaires en terrains d’expérimentation idéologique, où l’habitant est relégué au rang de spectateur, mais à quel prix pour les contribuables et les riverains ? Et surtout pour faire quoi de ce bâtiment ?
L’affaire Auchan Nord n’est pas un accident. C’est un modèle. Celui d’un pouvoir local jouant la montre, créant l’abandon, instrumentalisant les tensions communautaires, puis se posant en sauveur en cette période électorale. Vigilance Citoyenne appelle à la transparence totale sur les échanges entre la mairie et les différents opérateurs privés, et exige l’ouverture d’une enquête publique sur les conditions réelles de la fermeture et sur les projets de reprise du site si le scénario évoqué se produit.






