Carte de vœux 2026 de Clermont-Ferrand : quand le message de bonne année devient un manifeste idéologique
La carte de vœux diffusée par la Ville de Clermont-Ferrand au 1er janvier 2026 n’a rien d’anodin. Sous une apparente illustration bienveillante se cache en réalité un concentré de l’idéologie portée depuis plusieurs années par l’exécutif municipal. Il ne s’agit pas de souhaiter une bonne année aux Clermontois, mais de leur montrer la ville telle que la majorité voudrait qu’ils la vivent et qu’ils s’y conforment.
Une ville sans voitures : l’effacement du réel
Premier élément frappant : l’absence apparente de voitures. Une seule est perceptible, discrètement dissimulée, presque honteuse, reléguée hors du champ principal de lecture visuelle. Ce choix graphique n’est pas esthétique, il est politique. La voiture est effacée du paysage comme elle est progressivement bannie du discours municipal.
La carte ne représente pas Clermont-Ferrand telle qu’elle est, mais telle que la majorité souhaite qu’elle devienne. Une ville où la mobilité individuelle motorisée n’a plus sa place. Les contraintes vécues par les habitants : trajets domicile-travail, déplacements subis, familles, artisans, personnes âgées sont purement et simplement niées.
On n’est pas dans la représentation, mais dans la prescription.
Le transport collectif comme totem idéologique
Au centre de l’image apparaît un museau de tram ou de BHNS, volontairement flou et interchangeable. Peu importe le mode réel : seul compte le symbole. Le transport collectif est présenté comme la solution universelle, sans limites, sans dysfonctionnements, sans saturation.
Aucun retard, aucun quai bondé, aucune panne, aucune ligne supprimée. La carte gomme volontairement les problèmes pourtant largement documentés et vécus quotidiennement par les usagers. La logique est simple : le projet existe, donc il fonctionne. Toute critique devient illégitime.
C’est une communication de croyance, pas d’évaluation.
Le vélo comme injonction morale
La présence marquée des vélos relève du même mécanisme. Le vélo n’est plus un mode de transport parmi d’autres, il devient un marqueur de vertu civique. Celui qui pédale est du bon côté. Celui qui ne peut pas ou ne veut pas est renvoyé à une faute morale implicite.
Aucune contrainte n’est montrée : ni le relief clermontois, ni la météo, ni l’âge, ni le handicap, ni les charges à transporter. Le vélo est abstrait, idéalisé, hors-sol. On ne parle plus d’aménagements adaptés à tous, mais d’un modèle comportemental à adopter.
Un casting social et ethnique codifié
Le couple mixte mis en avant dans l’illustration n’est pas le fruit du hasard. Il ne s’agit pas de représenter la diversité réelle de Clermont-Ferrand, mais de cocher une case idéologique. La diversité devient un outil de communication, un signal politique adressé à un public militant.
Ce n’est pas une photographie sociale, c’est une mise en scène. L’individu disparaît derrière la figure symbolique. La population réelle est remplacée par une population idéale, conforme au récit progressiste attendu.
Une ville artificiellement pacifiée
La carte montre une ville sans aspérités :
- aucun commerce fermé,
- aucun chantier,
- aucune précarité,
- aucune insécurité,
- aucune tension.
Clermont-Ferrand est vidée de toute conflictualité. Les problèmes n’existent plus visuellement, ce qui permet ensuite de les attribuer à des causes abstraites et lointaines : l’État, le contexte national, le climat, ou le système.
C’est une stratégie classique : supprimer les effets pour ne jamais répondre des causes locales.
Une esthétique infantilisante et descendante
Couleurs douces, ambiance lisse, posture bienveillante. Le ton est celui d’une gouvernance morale qui parle aux habitants comme à des élèves. Le message implicite n’est pas « bonne année », mais « voici comment vous devez vivre pour être du bon côté ».
Cette pédagogie descendante traduit une vision technocratique de la politique locale : les élus savent, les habitants doivent s’adapter.

Une déconnexion totale avec le vécu des Clermontois
Rien, dans cette carte, ne fait écho au quotidien réel :
- embouteillages déplacés,
- commerces fragilisés,
- quartiers périphériques ignorés,
- habitants captifs des choix d’aménagement.
La carte ne s’adresse pas aux Clermontois concrets, mais à une abstraction idéologique : le citadin modèle, mobile, docile, aligné sur les dogmes du moment.
Conclusion : un manifeste visuel plus qu’un vœu
Cette carte de vœux n’est pas un message de rassemblement. C’est un manifeste visuel. Elle condense en une image l’idéologie de la gauche municipale clermontoise :
- écologie punitive esthétisée,
- ingénierie sociale assumée,
- communication morale,
- négation du réel au profit du récit.
Une ville rêvée par ceux qui ne la vivent plus, imposée à ceux qui la subissent.





