pravda mai juin 2025
Bon à savoir

Demain Clermont 363 : la propagande électorale déguisée en magazine municipal

Le numéro 363 du magazine municipal Demain Clermont, daté de mai-juin 2025, prétend offrir une information objective aux habitants de Clermont-Ferrand. Pourtant, une analyse attentive de ce document de 44 pages révèle une opération de communication politique largement orientée autour de la glorification du maire Olivier Bianchi et de son équipe municipale. Ce qui est présenté comme un simple bilan de mandat prend en réalité la forme d’une pré-campagne électorale, soigneusement orchestrée en amont des municipales de 2026.

Dès les premières pages, le dispositif se met en place : les pages 3 à 5 sont entièrement dédiées à une longue interview du maire. Dans cet entretien, Olivier Bianchi revient sur les six années de son mandat, tout en relativisant les retards ou les projets inachevés en les attribuant au contexte de crise sanitaire, à la guerre en Ukraine ou à l’inflation mondiale. Il y expose sa vision d’une ville protectrice, résiliente, solidaire, et se félicite d’avoir préservé le pouvoir d’achat des habitants, renforcé les services publics, et maintenu une solidarité sociale exemplaire. Le tout est présenté sans contradiction, sans nuance, dans un format digne d’un discours de candidature.

Mais le maire ne se contente pas d’occuper trois pages à la première personne. L’ensemble du magazine fonctionne comme une vitrine de la majorité municipale en place. Pas moins de neuf pages entières sont consacrées à mettre en avant les adjoints et conseillers municipaux. Le trombinoscope déployé en page 6 présente tous les membres de l’équipe, accompagnés de leurs attributions. Puis, au fil des articles, chaque thème (santé, urbanisme, mobilité, alimentation, égalité, sécurité…) est illustré par un encadré citant nommément l’adjoint concerné, avec photo, citation valorisante et mise en scène de leur action. Cette stratégie vise à renforcer leur notoriété et leur crédibilité à l’approche d’échéances électorales.

Sur les 44 pages que compte ce magazine, 40 sont exclusivement consacrées à valoriser l’action de la municipalité. Les politiques mises en avant, les encarts illustrés, les interviews, les chiffres, tout est réuni pour dresser un portrait dithyrambique de l’équipe Bianchi. En revanche, seulement 4 pages sont attribuées aux groupes d’opposition dans la rubrique dite de « libre expression », à la toute fin du document, reléguée comme un appendice accessoire. Aucune mise en débat, aucun droit de réponse, aucun espace de contradiction ne traverse les 40 premières pages. Cette disproportion massive dans l’espace médiatique municipal traduit une vision du pouvoir à sens unique, qui rappelle davantage les mécanismes d’un régime à parti unique que les standards d’une démocratie pluraliste. Cette mise à l’écart systématique de la moindre voix dissidente dessine les contours d’un fonctionnement quasi stalinien de l’information municipale.

La structure du magazine elle-même trahit une logique de document de campagne. Chaque thématique est abordé sous un angle bénéfique, illustrée de chiffres flatteurs, de réalisations vantées comme exemplaires, d’objectifs atteints ou d’engagements tenus. Aucune contradiction, aucun débat, aucune voix critique ne viennent contrebalancer ce portrait flatteur. Les mots choisis relèvent du lexique de la persuasion : « protection », « solidarité », « transformation », « engagement », « succès », « transition ». L’ensemble donne l’impression d’une ville pilote, guidée par une équipe visionnaire et unanimement saluée pour ses choix.

Un exemple flagrant de ce décalage entre discours et réalité concerne le chapitre sur la sécurité, ou plutôt la « tranquillité publique ». Le magazine ose prétendre que cet enjeu a été une priorité du mandat, en listant des chiffres impressionnants : création d’une brigade de soirée, augmentation des effectifs de police municipale, déploiement de 291 caméras de vidéoprotection. Mais dans les faits, aucun véritable plan cohérent de sécurisation n’a été déployé depuis 2014. N »oublions pas la vidéo de Monsieur Bianchi sur sa volonté de ne pas armer la police municipale.  Les chiffres masquent l’absence de stratégie préventive efficace sur le terrain. Les Clermontois constatent quotidiennement une montée des violences gratuites, des incivilités, du trafic de drogue, y compris en centre-ville.

Récemment encore, la fusillade survenue dans le quartier de la Gauthière a révélé l’emprise croissante de réseaux violents sur certains secteurs, notamment Charras. Une autre affaire à Saint-Jacques impliquait un mineur poignardé à la sortie d’un établissement scolaire. En centre-ville, les rixes et agressions, parfois filmées et relayées sur les réseaux sociaux, se multiplient, sans que la police municipale ne semble présente ni proactive. La brigade de soirée, largement vantée, n’intervient que jusqu’à 1h du matin trois soirs par semaine, ce qui est largement insuffisant au regard des besoins réels.

Le projet InspiRe, également vanté comme une avancée majeure dans le magazine, a eu pour conséquences dramatiques une désorganisation massive des mobilités à l’échelle de la métropole. Les temps de trajets ont explosé, les axes historiquement structurants sont devenus impraticables, la circulation automobile est asphyxiée, y compris pour les transports en commun, les services de secours ou les livraisons. Cette congestion constante a entraîné une hausse de la pollution atmosphérique, des dépenses de carburant, une perte de temps quotidienne pour les habitants, un stress accru et un désengagement des usagers vis-à-vis du centre-ville. Pire encore, de nombreux commerces, déjà fragilisés par la crise sanitaire, ont fermé définitivement leurs portes à cause des travaux incessants et de la chute de fréquentation. Le coeur de ville se vide, pendant que la communication municipale continue d’affirmer que l’avenir est en marche.

Malgré cette réalité, le magazine continue à afficher un optimisme institutionnel sans faille. Ce biais est d’autant plus problématique que Demain Clermont est un document édité, imprimé, distribué et conçu aux frais de la collectivité, donc financé par l’ensemble des contribuables clermontois. L’usage d’un outil d’information municipale à des fins de promotion politique personnelle constitue une confusion inacceptable entre communication publique et propagande électorale. Ce type de pratique met à mal le fonctionnement démocratique local en biaisant l’accès à une information neutre, pluraliste et débattue.

Notre association dénonce ces pratiques répétées d’utilisation des outils municipaux à des fins partisanes. Elle appelle à une reprise en main par les habitants de la parole publique locale. L’information municipale ne doit pas être une vitrine de campagne déguisée, mais un espace de transparence, de pluralisme et de vérité. Il est temps de rétablir une éthique de l’information à Clermont-Ferrand.

Demain Clermont Numéro 363