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Métropole clermontoise : le verrouillage politique contre le suffrage local

La dynamique des municipales clermontoises se brise sur le mur de la métropole

La chute de la mairie de Clermont-Ferrand, bastion de gauche depuis des décennies, au profit d’une liste de la droite et du centre laissait augurer d’une remise à plat de la gestion d’une métropole aussi omniprésente dans la vie quotidienne des habitants que peu efficace et surendettée. C’était sans compter sur la résilience d’un système bien décidé à ne pas donner les clés du camion à une personne susceptible d’aller vérifier ce qui se passe sous le capot. Des tractations souterraines dignes de Pagnol ont permis de conjurer la menace. Le soldat Bony a été marginalisé pour ne pas dire neutralisé en beauté. Peu importe que sa commune pèse pratiquement un habitant sur deux de l’agglomération et génère l’essentiel des richesses, il ne conduira pas les destinées de Clermont Auvergne Métropole. Les conseillers métropolitains lui ont préféré le maire d’une commune de 5000 habitants : Hervé Prononce.

Ce vendredi matin (24/04/2026), l’avenue de l’Union Soviétique qui abrite les locaux de la métropole avait pris des allures de Trafalgar Square pour les élus clermontois. À la manœuvre depuis de nombreuses semaines, l’Amiral Prononce a mis en pièces l’armada clermontoise. Marchandages et conciliabules ont permis à celui qui a longtemps été le vizir d’Olivier Bianchi de devenir enfin calife à la place du calife. Dans ses qualités, le nouveau président de la métropole en a une qui surpasse toutes les autres : la ténacité.

Mais ne nous y trompons pas. La question est moins celle de savoir qui est le nouveau président de la métropole que de connaître ses intentions. Et c’est bien là où le bât blesse.

La situation clermontoise n’est pas sans rappeler celle de Marseille. Un territoire riche, des talents, mais une classe politique médiocre, des administrations pléthoriques et peu efficaces. Au final, un territoire en déclassement qui se paupérise. Ce constat, beaucoup l’ont dressé, dont Julien Bony. Naïvement peut-être le nouvel édile a pensé que sa volonté de correction de la trajectoire de la métropole, indispensable pour redresser sa ville, serait largement partagée. C’était sans compter sur un sentiment beaucoup plus fort, celui de la crainte d’une remise en cause de la gestion et des pratiques passées. Ne restait plus dès lors que de mener une stratégie de l’édredon consistant à étouffer en silence les velléités de réforme.

Ce résultat n’aurait pu être acquis sans un système pernicieux : la gouvernance féodale instaurée par Olivier Bianchi. Dans ce paysage ce sont les maires et eux seuls qui décident consensuellement du fonctionnement de la métropole moyennant quelques tractations et de nombreux renvois d’ascenseurs. Le président de la métropole apparaît ainsi comme le chef de tous les chefs. Cerise sur le gâteau, quand il tient les rênes de son parti, la bonne entente peut aussi s’étendre à des accords politiques non avouables comme aligner ou pas des concurrents politiques aux élections.

Pourquoi pas. Reste la question du contrôle démocratique. Si les maires sont des élus considérés à raison comme à portée de claque, ce n’est pas le cas des maires vice-présidents titulaires d’une délégation, éloignés déjà physiquement des habitants usagers et souvent totalement inconnus du grand public. Paradoxalement, dans ce système, c’est le président qui, parce qu’il prend toute la lumière, prend aussi la foudre des mécontentements.

À ce titre, on peut considérer qu’Olivier Bianchi a été aussi bien sanctionné par les électeurs pour ce qui relevait de sa responsabilité de maire (insécurité notamment) que pour des compétences exercées par la métropole (transports, mobilité, urbanisme…).

En plaçant à la tête de la métropole le maire d’une petite commune, les conseillers métropolitains ont mis hors de portée de claque des 150 000 Clermontois le principal responsable de leur qualité de vie quotidienne. Et ça, démocratiquement, ça interroge.