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Bon à savoir

Quand La Montagne réécrit l’histoire pour M. Bianchi — Chronique d’une censure locale

Un exemple criant de lissage médiatique en faveur du pouvoir local vient de se produire sous nos yeux, dans un silence presque total. En l’espace d’une nuit, le quotidien régional La Montagne a discrètement modifié un article relatant le conflit entre la police municipale de Clermont-Ferrand et le maire Olivier Bianchi. Une réécriture ciblée, dont la seule logique semble être la protection du maire.


Le contexte : tensions entre la mairie et sa police

Depuis plusieurs semaines, les agents de la police municipale dénoncent une dégradation de leurs conditions de travail et une rupture du dialogue social avec la mairie. Un préavis de grève courant jusqu’au 8 juin 2025 a été déposé, et une réunion de « négociation » a eu lieu. Mais très vite, les syndicats ont claqué la porte, dénonçant un simulacre de discussion.

Un article de La Montagne publié le 12 juin 2025 à 18h00 faisait état de cette réunion houleuse. On y lisait des termes particulièrement forts, attribués aux syndicats :

« À la place d’un échange cordial et constructif, nous avons eu le droit à une véritable démonstration de force de Monsieur le Maire qui nous a délivré une partition très autoritaire, voire tyrannique à certains moments. Les représentants du personnel et les agents ont été constamment coupés lors de leurs prises de paroles et certains ont été menacés de représailles. »

12 juin 2025 extrait la montagne
12 juin 2025 extrait la montagne (publication originale)

Ces éléments étaient parfaitement clairs : le maire est accusé d’intimidation, de coupures de parole, et d’un comportement autoritaire allant jusqu’à la menace. Une alerte grave pour n’importe quelle démocratie locale.


La version « nettoyée »

Le 13 juin au matin, l’article a été modifié. Les phrases les plus accusatrices ont disparu. Ne reste que ceci :

« À la place d’un échange cordial et constructif, nous avons eu le droit à une véritable démonstration de force de Monsieur le Maire qui nous a délivré une partition très autoritaire. »

La mention du comportement « tyrannique » a sauté. Les « menaces de représailles » ? Évaporées. Les interruptions de parole systématiques ? Rayées.

13 juin 2025 la montagne
13 juin 2025 la montagne (modifiée dans la nuit)

Aucune indication n’est donnée sur ce changement. Aucune mention d’une mise à jour. Aucun erratum. Rien. Le lecteur n’a même pas le droit de savoir que la version originale a existé.



Une presse indépendante… sous influence ?

Ce genre de réécriture en catimini n’est pas un fait anodin. Il ne s’agit pas d’un ajustement grammatical ou d’un correctif de date. Il s’agit de supprimer des accusations précises et documentées portées contre un élu.

Cette affaire soulève une question grave : La Montagne a-t-elle agi sous pression ? Le journal a-t-il reçu des consignes de la mairie ou d’un proche du cabinet pour édulcorer le propos ? Ou bien l’autocensure est-elle devenue la norme dans le traitement médiatique local ?

Dans tous les cas, une chose est certaine : cette modification n’a rien d’innocent. Elle participe d’un effacement du réel, d’un brouillage des responsabilités et d’un affaiblissement de l’information citoyenne.


Une vigilance plus que jamais nécessaire

Ce cas illustre pourquoi notre association, a vu le jour. Il ne s’agit pas simplement de dénoncer la bétonisation ou les choix urbanistiques contestables de la municipalité. Il s’agit aussi de défendre un socle démocratique minimal : la transparence, la liberté d’expression, et le droit des habitants à être informés, sans filtre ni retouches politiques.

Nous appelons tous les citoyens, journalistes indépendants, syndicats et lanceurs d’alerte à documenter ces dérives. À sauvegarder les versions originales. À refuser que l’on réécrive l’histoire à des fins de communication.


Quand les accusations de menaces sont effacées d’un article de presse en moins de 24 heures, ce n’est pas un détail : c’est un symptôme. Celui d’un climat où la parole critique est étouffée, même lorsqu’elle provient de fonctionnaires en grève.

La démocratie locale ne peut pas survivre à ce type de silence organisé.