Le 16 mai 2025, France 3 Auvergne diffusait un reportage saisissant sur la fermeture définitive d’Auchan Nord à Clermont-Ferrand, prévue pour le lendemain. Ce centre commercial, implanté depuis 50 ans dans le nord de la ville, s’éteint dans un climat de désolation sociale, d’improvisation politique et de déclassement urbain. Notre association livre ici une analyse rigoureuse de ce moment critique (selon nos convictions), révélateur des dysfonctionnements structurels et des promesses électoralistes.
Dans un reportage de huit minutes, France 3 donne la parole aux usagers du centre commercial. Les témoignages sont unanimes : le lieu constituait bien plus qu’un espace de consommation. Il était une plaque tournante de la vie quotidienne, notamment pour les retraités du quartier. Christian Bailly, membre actif de l’UFC Que Choisir et du collectif Ne perdons pas le Nord, rappelle que ce centre constituait “un lien social évident” pour des populations à mobilité réduite, souvent sans autre solution que de venir à pied.
Alors que le projet Inspire – imposé de manière autoritaire – pousse à la diminution de l’usage de la voiture individuelle, la fermeture d’un hypermarché de proximité condamne paradoxalement les habitants à l’usage de leur véhicule pour leurs achats de première nécessité. Un double bind typique des politiques publiques menées sans concertation réelle.
La galerie marchande, déjà très appauvrie, ne conservera que trois commerces : un tabac, un salon de coiffure et une pharmacie. Les salariés d’Auchan, eux, s’expriment peu. Leur silence est le reflet d’un climat de tension, de lassitude et d’abandon.
À ce tableau s’ajoute un contexte de dégradation générale du quartier : l’incendie de la maison de quartier à l’été 2023 n’a toujours pas été suivi d’un projet de réhabilitation crédible. L’indifférence municipale face à cette désintégration lente devient chaque jour plus criante.
Interrogé en direct dans le même journal télévisé, Olivier Bianchi – maire de Clermont-Ferrand – tente une opération de rattrapage politique depuis le quartier. Sa présence à cet instant précis, à la veille de la fermeture, traduit une manœuvre de communication tardive. Son discours révèle deux pistes incertaines pour la suite :
L’implantation d’une enseigne alimentaire de proximité, qui n’occuperait que 3 000 m² sur les 9 000 m² disponibles. Il annonce, sans garantie, une échéance à l’automne 2025.
Un marché hebdomadaire, pour lequel aucune information concrète n’a été donnée.
M. Bianchi indique qu’Auchan restera propriétaire du site, ce qui lui coûtera 1 million d’euros par an en frais de sécurisation. Il évoque l’existence d’un syndic collectif mêlant propriétaires de cellules commerciales et gestionnaire de la galerie, signe de l’opacité du montage immobilier qui rend toute reconversion lente et incertaine.
Sur la question de l’insécurité, il reconnaît l’existence de “problèmes sérieux” mais tente un renvoi de responsabilité en accusant Auchan de n’avoir pas investi, “contrairement à ce qui a été fait pour Auchan Sud”. Ce tacle adressé à l’enseigne ne masque pas l’absence de politique cohérente de sécurité municipale dans les quartiers populaires du nord clermontois. L’annonce de patrouilles renforcées, d’une mobilisation des éducateurs de rue et de liens renforcés avec la préfecture laisse entendre que la situation va empirer avant de s’améliorer.
Enfin, ultime pirouette politique : le maire glisse qu’un deuxième commissariat pourrait être implanté sur le site… s’il est réélu. L’offre est limpide : Bianchi pose déjà les jalons de sa campagne pour 2026, exploitant la misère sécuritaire comme monnaie d’échange électorale.
Ce que Monsieur Bianchi semble oublier de mentionner, c’est que la situation de l’Auchan Nord était déjà un sujet de préoccupation connu depuis au moins 2023. En effet, dès cette époque, une délibération du conseil municipal mentionnait noir sur blanc les difficultés économiques croissantes de cette galerie commerciale, affaiblie par l’évolution des comportements d’achat, la désertification progressive des cellules commerciales, et la perte d’attractivité du site.
La mairie, loin d’être étrangère à la lente agonie du lieu, en avait pleinement pris acte. Fait encore plus troublant : cette même délibération actait le rachat par la ville de la galerie marchande pour un montant de 700 000 euros. Une décision surprenante, à l’heure où aucun plan clair de revitalisation n’avait été présenté au conseil ni aux habitants. Cette acquisition, mal expliquée, mal préparée, n’a débouché sur aucune stratégie de reconquête cohérente. Elle signe l’aveu d’un pilotage à vue, sans anticipation ni consultation.
La fermeture d’Auchan Nord est un événement structurel. Elle marque la fin d’une époque et inaugure une période de vide urbain, de rupture sociale et d’incertitude économique. Aucun projet d’envergure, aucun plan de reconversion crédible, aucune anticipation sérieuse n’a été formulée par la municipalité.
Ce qui s’annonce, c’est un no man’s land commercial et humain, en plein cœur d’un quartier déjà fragilisé. La promesse d’un éventuel marché hebdomadaire ou d’une enseigne hypothétique à l’automne n’est pas une politique, c’est un leurre.
Vigilance Citoyenne Clermont Métropole appelle à une mobilisation citoyenne locale pour exiger :
Un plan d’urgence concerté avec les habitants du secteur nord ;
Une transparence totale sur les projets de reprise ou de réhabilitation du site ;
La restitution des éléments liés à l’achat municipal de 2023 et les responsabilités engagées ;
La remise en activité d’un lieu de vie multifonctionnel pour recréer du lien social ;
L’arrêt immédiat des promesses électoralistes non financées ni planifiées.





