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Bon à savoir

Programme du Maire sortant : la sécurité à la surface, le silence sous la cathédrale, Il ne suffit pas d’avoir la foi

Sous la butte de la cathédrale de Clermont-Ferrand, un patrimoine fragile : la sécurité publique est-elle à la hauteur du risque ?

Un contexte géologique particulier

Sous les rues de la butte de la cathédrale de Clermont-Ferrand s’étend un réseau souterrain ancien, creusé dans le tuf volcanique. La butte s’inscrit en bordure de l’ancien maar de Jaude, âgé de 160.000 ans environ, volcan phréatomagmatique, dont les explosions ont produit des dépôts volcaniques hétérogènes. Ce contexte géologique explique la présence de tuf volcanique, roche alternant des roches dures et tendres qui a permis le creusement des caves.

Un patrimoine remarquable…et fragile

Depuis longtemps perçu comme un patrimoine remarquable, ce sous-sol constitue également un facteur de fragilité structurelle dont les implications en matière de sécurité publique interrogent aujourd’hui. L’objet de cet article est d’exposer des éléments factuels et sourcés afin d’éclairer le débat sur l’état du sous-sol autour de la cathédrale et les mesures engagées pour en assurer la stabilité.

Un réseau souterrain façonné par l’histoire

Sous la butte historique — quartiers du Port, des Gras, de la Poterne et de la Victoire — subsiste un réseau de plus de 1 300 caves (France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, 22 janvier 2026). Ces cavités ont été creusées dans le tuf volcanique, roche stratifiée issue des épisodes éruptifs anciens qui ont façonné la région. Le reportage de France 3 du 22 janvier 2026 évoque environ 150 couches volcaniques, témoignant de la formation géologique de la butte. Certaines caves atteignent jusqu’à sept niveaux, avec des hauteurs sous plafond importantes. Elles ne sont pas superposées verticalement de manière uniforme : elles sont disposées en quinconce, selon les contraintes géologiques et les découpages historiques des parcelles. Au fil des siècles, le bâti de surface a été rehaussé, densifié, transformé, tandis que les sous-sols étaient multipliés ou réutilisés.

 

Des usages anciens : vin, fromages, défense passive

Les caves les plus anciennes remontent à l’époque gallo-romaine (ACAVIC, contribution à l’enquête publique SPR, 8 avril 2025). Elles ont servi : au stockage du vin, puis, à partir des années 1930, à l’affinage des fromages, jusqu’à décliner progressivement et ont été recensées pendant la Seconde Guerre mondiale dans le cadre de la défense passive. Elles constituent ainsi un patrimoine historique et culturel majeur de la ville.

L’ACAVIC, mémoire et vigilance

Créée en 1997, l’ACAVIC (Association des Amis des Caves du Vieux Clermont) est une association clermontoise qui œuvre au recensement, à l’étude, à la protection et à la valorisation des caves creusées dans le tuf volcanique de la butte historique. Par son travail de terrain, de mémoire et de sensibilisation, elle joue un rôle précieux dans la connaissance et la transmission de ce patrimoine souterrain. Mais une association, aussi engagée soit-elle, ne dispose ni des moyens techniques ni des capacités financières nécessaires à une politique de sécurisation structurelle. Son action ne peut se substituer à une intervention publique organisée et dotée des ressources adaptées.

Des effondrements récents documentés

Des alertes médiatiques explicites

Le 21 septembre 2019, un effondrement important rue Saint-Genès, (Article journal La Montagne du 25 septembre 2019) à proximité immédiate de la cathédrale, a révélé la fragilité du sous-sol (La Montagne, 24 avril 2025)  et l’épisode a démontré qu’un affaissement pouvait se produire indépendamment de tout séisme majeur. Les causes évoquées publiquement comprennent : affaissements progressifs (phénomène de cloche de fontis 7 Jours à Clermont, 24 avril 2025 , Inquiétante mélodie en sous-sol  ), défaut d’aération, infiltrations d’eau, développement de mérule, méconnaissance de l’état réel de nombreuses cavités. La municipalité a indiqué que certaines cavités situées sous l’espace public se trouvaient à faible profondeur par rapport aux aménagements de surface.

Dans un article publié le 29 décembre 2023 par La Montagne ( « Ces sous-sols qui menacent la stabilité du centre-ville de Clermont-Ferrand »), celui-ci évoque explicitement « un risque d’affaissement voire d’effondrement sur le secteur de la Victoire » et  la mairie indique dans un autre article du 23 décembre 2023 également, intitulé, Ces sous-sols qui menacent la stabilité du centre-ville de Clermont-Ferrand avoir consulté le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), dont les analyses ont mis en évidence des cavités aux dimensions très importantes, tant en nombre d’étages qu’en volume, confirmant des états parfois dégradés et des épaisseurs de toit inférieures à trois mètres.

L’expertise scientifique du BRGM

Selon le BRGM (Bureau de Recherche Géologiques et Minières), Rapport BRGM/RP-72581-FR, 8 septembre 2023, l’évaluation de l’aléa effondrement croise « population, zone urbanisée, réseaux de communication » et peut correspondre à un « phénomène brutal causant un danger brutal pour la vie humaine ».

Un risque réel aux facteurs déclenchants multiples

Le risque est réel, d’autant que les facteurs déclenchants incluent les précipitations, l’action humaine… et les séismes.

Des mesures engagées en application du principe de précaution : une réponse suffisante ?

Des mesures immédiates de prévention

Dans La Montagne du 24 avril 2025, « C’est un gruyère » : quels sont les risques liés aux cavités souterraines dans Clermont-Ferrand et sa métropole ? le maire reconnaît : « C’est un gruyère qu’il nous faut sécuriser et gérer ! » et annonce :

  • comité de pilotage ;
  • cartographie des cavités ;
  • prescriptions d’intervention et de constructibilité ;
  • stratégie d’information.

En application du principe de précaution, la circulation et le stationnement des véhicules de plus de 7,5 tonnes ont été interdits autour de la cathédrale. Le marché de Noël a également été déplacé de la place de la Victoire vers la place de Jaude, afin de limiter les risques liés au poids des installations.

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Une stratégie de planification à moyen terme

Un plan de gestion annoncé pour 2026. Clermont Auvergne Métropole a engagé un plan de gestion des cavités souterraines comprenant : Ce plan s’inscrit dans les annonces précédemment détaillées. Source : 7 Jours à Clermont, 24 avril 2025 , Inquiétante mélodie en sous-sol  À Clermont, 3 904 soupiraux ont été recensés, dont 96 présentent un risque de sécurité. Le budget annoncé pour réparations et investigations complémentaires est estimé entre 300 000 et 500 000 euros. Le diagnostic global est annoncé pour fin 2026.

Une répartition des compétences clarifiées

La métropole assume pleinement son rôle en matière de cartographie et de planification du risque à l’échelle intercommunale. Par contre, le pouvoir de police administrative en cas de danger imminent demeure une compétence propre du maire et n’est pas transférable à la métropole, comme le pouvoir de police judiciaire d’ailleurs. La gestion de l’urgence et la protection immédiate des personnes relèvent donc directement de la responsabilité municipale.

 

Un passé sismique documenté

Clermont-Ferrand est classée en zone de sismicité modérée (zone 3) ainsi que tout le département du Puy-de-Dôme. Cependant, le séisme du 1er mars 1490 est estimé à Intensité VII à VIII (échelle macrosismique), Magnitude approximative 5,7 à 6,0. (Données issues des travaux du BRGM sur la sismicité historique d’Auvergne.) Des fissures visibles sur la cathédrale au-dessus de la porte côté place de la Victoire témoignent encore des effets anciens (Livre de A.G MANRY – CLERMONT-FERRAND ISBN 2.85260.035.8 du 8 mai 1975). Dans un centre post-médiéval creusé depuis l’Epoque Gallo-Romaine, où le bâti a été rehaussé et les sous-sols multipliés au fil des siècles, la vulnérabilité peut résulter d’un affaiblissement progressif localisé, indépendamment même d’un séisme majeur.

Une question de responsabilité publique

Une compétence municipale non transférable

La cartographie annoncée à l’horizon 2026 constitue une étape utile. Cependant, la question demeure, celle de la proportion des moyens et du rythme d’intervention face à un risque déjà matérialisé dans le cœur historique. Le maire dispose, au titre de ses pouvoirs de police administrative (articles L2212-1 à L2212-4 du Code général des collectivités territoriales), d’une compétence en matière de sécurité publique. Le Code de la construction et de l’habitation (articles L511-1 et suivants) prévoit des procédures de mise en sécurité ou de péril lorsqu’une structure menace la sécurité des personnes. Lorsque la stabilité du sol peut affecter l’espace public et le bâti ancien, la difficulté d’identification de certains propriétaires ne saurait suffire à retarder une stratégie claire de sécurisation prioritaire des zones les plus exposées. La question posée est donc celle-ci : le niveau d’action engagé aujourd’hui est-il pleinement proportionné à la vulnérabilité connue du secteur cathédrale ? Sous la butte de la cathédrale, il ne s’agit pas seulement de préserver un patrimoine. Il s’agit d’assumer une responsabilité de sécurité publique.

 

Conclusion :  Une alerte sans victime, une responsabilité sans excuse

L’alerte

L’effondrement survenu en 2019 aurait pu faire des victimes. Il aurait tout aussi bien pu avoir lieu sous un immeuble habité.

Quelle enveloppe est réellement consacrée à la consolidation structurelle globale de la butte cathédrale ?

Le constat

Aucun chiffrage public n’est avancé pour une sécurisation complète et durable du sous-sol, et aucun calendrier précis n’est présenté pour des travaux de consolidation progressive. À ce stade, il est essentiellement question de cartographie et de diagnostic. Or cartographier ne consolide pas. Diagnostiquer ne stabilise pas. À un moment, il faut agir. Certes, le chantier est complexe, il est coûteux, il implique des situations foncières parfois difficiles et des interventions techniques délicates, mais la complexité ne peut justifier une réponse minimale lorsque la sécurité publique est en jeu.

Le maire dispose de leviers juridiques précis en matière de police administrative : mise en sécurité d’urgence en cas de péril imminent, arrêté de mise en péril, prescriptions de travaux, interdictions d’accès, travaux d’office en cas de carence, mobilisation prioritaire des crédits. Lorsque le danger peut survenir à tout moment, l’urgence prime. Il n’est pas nécessaire d’attendre l’identification exhaustive des propriétaires pour agir ; les travaux conservatoires peuvent être engagés immédiatement pour protéger la population, les frais pouvant ensuite être recouvrés s’il y a lieu. Il faut donc revoir les priorités, un peu moins de paraître, un peu moins de millions investis pour l’image, davantage d’investissements pour la prévention des risques structurels. 2019 fut une alerte. On peut s’étonner qu’un programme porté par un maire sortant, parfaitement informé des risques identifiés, n’en fasse pas un axe majeur. La sécurité aurait-elle un prix ?