La mairie à l’offensive
Alors que la mairie lance ce mercredi 19 novembre 2025 une campagne de prévention contre la drogue, la parole se libère dans la ville… mais presque toujours sous anonymat, tant ceux qui témoignent estiment que la situation est devenue « dangereuse ».
Certaines voix reconnaissent que l’initiative municipale est positive, signe que la Ville ne détourne pas les yeux, mais beaucoup jugent qu’il s’agit d’une goutte d’eau dans l’océan, loin d’un véritable rapport de force avec les réseaux. Et pour certains, si la mairie décidait un jour d’être réellement offensive contre le narcotrafic, elle se mettrait elle-même en danger.
Nous avons un gros problème : aucun homme politique ne peut plus prétendre sauver Clermont-Ferrand du narcotrafic sans se mettre en danger physiquement. La lâcheté est donc de rigueur !
La cocaïne est partout
La cocaïne n’est plus confinée à un milieu particulier : elle circule dans tous les corps de métier, des équipes du bâtiment aux services, en passant par les collaborateurs autour des élus.
Selon plusieurs témoignages anonymes provenant de salariés et d’employés du secteur de la restauration, dans certains établissements du centre-ville, sans qu’aucun lieu particulier ne puisse être identifié, se seraient installées des pratiques qualifiées d’« hallucinantes » : des patrons qui achèteraient collectivement de la marchandise pour ensuite en redistribuer à leurs employés, des heures supplémentaires parfois réglées en nature, ou encore des usages normalisés au sein de certaines équipes.
Ces récits, impossibles à vérifier et ne visant aucun établissement précis, circulent pourtant avec constance chez ceux qui acceptent d’en parler. Pour eux, il ne s’agirait plus de simples abus isolés, mais du signe que la cocaïne s’est diffusée dans la société au point de fonctionner, par endroits, comme une pseudo‑monnaie parallèle.
Le rôle des bailleurs : entre choix contestés et logique de classe
Dans un autre secteur du centre-ville, des habitants rapportent qu’un bailleur local bien connu de la place clermontoise aurait préféré louer un local à une épicerie de nuit, malgré les nuisances déjà constatées plutôt qu’à un projet de quartier (atelier bio, yoga, point relais, espace associatif) proposé par des riverains.
Les habitants disent y voir le symbole d’un phénomène structurel : la bourgeoisie foncière, en choisissant ses locataires selon ses seuls intérêts économiques, organise et reproduit un système où les lieux de blanchiment et d’exploitation se multiplient.
Sous anonymat, certains vont plus loin : selon eux, par tolérance passive ou par intérêt économique, des bailleurs pourraient faciliter (volontairement ou non) des circuits de blanchiment ou de flux liés aux trafics. Là encore, il s’agit de perceptions, mais elles reflètent une logique de classe : les bénéfices restent concentrés dans les mains de ceux qui possèdent le capital immobilier.
Et la menace franchit un palier : lors d’une réunion récente à la mairie avec les bailleurs et agents immobiliers, ces derniers ont expliqué que la nouveauté est que les trafiquants ne se contentent plus de louer des fonds de commerce : ils achètent maintenant les murs commerciaux eux-mêmes. Selon ces sources, le narcotrafic a compris comment la petite bourgeoisie foncière locale se gavait et veut désormais « croquer » directement le capital immobilier. Le système s’organise, et à Clermont-Ferrand, il est devenu capable de rivaliser avec la bourgeoisie traditionnelle.
La peur de témoigner : « La France se mexicanise »
Beaucoup expliquent qu’ils ne parleront jamais publiquement. Non par exagération, mais par peur réelle.
Certains comparent l’évolution de la situation à une « mexicanisation » du narcotrafic : réseaux plus agressifs, intimidations possibles, zones d’ombre économiques.
« Si la mairie osait réellement s’attaquer frontalement aux trafics, ils risqueraient leur vie », dit un habitant.
Pour eux, ce n’est plus seulement une question de prévention : c’est un environnement où la violence potentielle pèse sur la prise de parole publique, et où le capitalisme local et global impose ses logiques silencieuses.
Une réalité rappelée par l’actualité : l’assassinat à Marseille
La crainte n’est pas abstraite. À Marseille, le 13 novembre 2025, Mehdi Kessaci, 20 ans, a été abattu en pleine rue. Il était le frère d’Amine Kessaci, figure écologiste engagée contre le narcotrafic.
Le parquet n’exclut pas un assassinat d’intimidation.
Pour beaucoup, ce drame illustre que dénoncer les trafiquants, même en France, peut coûter la vie, et qu’une intervention réelle contre le système toucherait les intérêts économiques concentrés dans certaines mains.
Conclusion : Une campagne municipale utile… mais insuffisante
La campagne lancée par la mairie est jugée pertinente : informer, prévenir, accompagner.
Mais pour beaucoup, cela reste un premier geste symbolique, indispensable, mais très loin du cœur du problème.
Car s’attaquer réellement aux réseaux, aux circuits économiques, aux protections tacites exigerait un courage politique rare et pourrait exposer des élus à de vrais risques personnels.
Le narcotrafic n’est pas seulement un fléau social : il est le produit d’un capitalisme mondialisé, dont la bourgeoisie foncière clermontoise tire profit localement. Aujourd’hui, elle se trouve même directement concurrencée par les trafiquants eux-mêmes, capables d’acheter les murs commerciaux et de reproduire, à leur manière, la logique du capital.
La prévention est utile, mais que la lutte réelle reste volontairement éludée, protégée par le silence et les structures de pouvoir économique.







