Le 16 janvier 2026, France 3 Auvergne consacrait un reportage au démarrage des soldes d’hiver à Clermont-Ferrand. Le constat posé dès l’introduction est clair : démarrage timide, succès qui n’est plus vraiment au rendez-vous. Une formule prudente, presque embarrassée, qui tranche avec les images diffusées ensuite.
Un centre-ville clairsemé
Le reportage montre ce que chacun peut observer sans caméra : quelque passant seulement dans les rues du centre-ville, une ambiance atone, loin des périodes de soldes d’autrefois. Les plans sont parlants, presque trop. Peu de sacs, peu d’entrées dans les boutiques, peu de flux. Le groupe Facebook Saccageclermont est d’ailleurs plein de photos montrant cette désertion.
Face à cette réalité visuelle, France 3 enchaîne les hypothèses classiques. La météo d’abord, qui inciterait davantage à la promenade qu’à la consommation. Le contexte économique ensuite, avec l’inflation et la prudence des ménages. Enfin, l’idée que les soldes auraient perdu de leur intérêt, dilués par les promotions permanentes.
Des interviews, mais un angle verrouillé
Le reporter parvient à interviewer plusieurs personnes, dont des commerçants. Les explications varient, mais restent dans un périmètre balisé : baisse du pouvoir d’achat, changement des habitudes de consommation, concurrence d’internet. Tout est évoqué, sauf ce qui saute pourtant aux yeux depuis plus de deux ans.
Un facteur majeur est soigneusement évité : l’accessibilité du centre-ville.
À aucun moment n’est clairement posée la question de l’accès devenu extrêmement compliqué pour qui souhaite venir rapidement faire des achats, notamment sur un créneau court comme la pause méridienne. Stationnement supprimé ou dissuasif, circulation entravée, travaux omniprésents, parcours rendus incohérents. Chercher « la bonne affaire » devient un parcours d’obstacles, incompatible avec une consommation spontanée.
Les travaux, évoqués du bout des lèvres
Il faut attendre la toute fin du reportage pour entendre Karine Gubbio, présidente de l’association « Cœur de Ville ». Elle esquisse enfin une explication concrète : les travaux. Une possibilité évoquée sans insister, presque à regret, comme si le sujet restait sensible.
Puis vient une phrase pour le moins étrange : « c’est aussi une année d’élections, donc c’est difficile pour le commerce ».
Cette affirmation mérite d’être interrogée.
Une phrase qui pose plus de questions qu’elle n’en résout
Que signifie exactement cette idée selon laquelle une année électorale serait, par nature, difficile pour le commerce ?
- Les clients cessent-ils de consommer parce qu’ils votent ?
- Les soldes seraient-ils moins attractifs en période préélectorale ?
- Ou faut-il comprendre que certains choix politiques, notamment en matière de travaux et de circulation, deviennent intouchables à l’approche des élections, même lorsqu’ils nuisent clairement à l’activité économique ?
Formulée ainsi, cette phrase ressemble davantage à un aveu involontaire qu’à une analyse économique sérieuse.
Une réalité connue, mais toujours minimisée
Depuis plus de deux ans, les commerçants alertent, les habitants constatent, et les associations citoyennes documentent les mêmes effets : un centre-ville rendu difficilement accessible, des décisions d’aménagement imposées, et une communication institutionnelle qui refuse d’en tirer les conséquences.
Le reportage de France 3 montre la réalité sans jamais aller au bout de son raisonnement. Les images disent une chose, le discours en suggère une autre, et l’explication la plus évidente reste marginalisée.
Les soldes ne démarrent pas timidement par hasard. Elles se déroulent dans un centre-ville où venir acheter est devenu, pour beaucoup, une contrainte plutôt qu’une évidence.
Ignorer ce facteur, c’est continuer à contourner le réel.






