Marche blanche contre la mainmise des dealers sur l’avenue Charras, dans l’indifférence de la majorité municipale
Ce samedi 10 mai 2025, environ 200 personnes – riverains, commerçants, habitants du centre-ville – ont défilé silencieusement lors d’une marche blanche sur l’avenue Charras, dénonçant l’emprise croissante du trafic de drogue sur ce secteur autrefois commerçant et vivant. Une mobilisation digne, grave, déterminée, qui traduisait l’exaspération profonde d’un quartier abandonné.
La marche, organisée en réaction à la montée continue de la violence et de la délinquance, visait à alerter les autorités sur une situation devenue insupportable. Trottoirs squattés, halls d’immeubles transformés en points de deal, intimidations quotidiennes, agressions nocturnes. Le quartier est devenu une zone de non-droit. Pourtant, malgré l’invitation formelle adressée à la mairie, ni Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand, ni l’un quelconque de ses adjoints n’ont daigné faire le déplacement. Une absence lourde de sens, mais sans doute fallait-il choisir entre une confrontation avec les réalités ou un agenda chargé de priorités invisibles. Peut-être étaient-ils absorbés par une réunion sur la biodiversité urbaine, ou bien distraits par le lancement d’un nouveau logo municipal.
À l’inverse, plusieurs élus de l’opposition municipale – notamment des groupes Les Républicains et Renaissance – ont, eux, répondu présents. Présence discrète mais significative. Leur participation, sans discours ni récupération apparente, a souligné par contraste le désengagement complet de la majorité en place. Ce sont donc des élus non majoritaires qui ont écouté les habitants, observé les lieux, et pris acte du naufrage.
Le soir même, l’avenue Charras a eu droit à son quart d’heure de gloire nationale : le 19/45 de M6 lui a consacré un reportage sans détour, mettant en lumière l’état de déshérence du quartier. France 3 Auvergne a emboîté le pas avec un sujet tout aussi explicite : les logements de Charras sont désormais invendables, fuits par les familles, ignorés par les investisseurs. La raison est simple et brutale : la criminalité a remplacé la vie de quartier.
Ce déclin n’est pas un phénomène isolé. Il s’inscrit dans une dynamique plus large de paupérisation que la mairie tente de maquiller mais que les chiffres, eux, ne taisent plus. Depuis 2024, Clermont-Ferrand compte un cinquième Quartier Prioritaire de la Politique de la Ville (QPV) : celui de la gare SNCF. Ce nouveau zonage officialise la chute sociale du secteur, et confirme un basculement global : plus de 22.000 Clermontois vivent désormais dans des zones classées comme défavorisées.
Le week-end de Pâques 2025, la ville a été frappée par un drame qui a marqué les esprits : un jeune homme de 19 ans a été abattu en pleine rue dans le quartier de la gare. Ce meurtre, en pleine journée et dans une zone très fréquentée, a provoqué une onde de choc en Auvergne. Il illustre, de manière glaçante, une réalité que les autorités locales refusent de nommer : l’implantation méthodique et croissante du narcotrafic au cœur même de la ville.
Ironie supplémentaire, l’avenue Charras – totalement piétonnisée en 2018 contre l’avis massif des commerçants et des riverains pour la somme de 1,5 million d’euros – est aujourd’hui rouverte aux voitures. La mairie, qui refusait d’écouter les habitants à l’époque, a été contrainte de faire machine arrière dans un contexte de dégradation accélérée. En parallèle, un couvre-feu commercial a été imposé par le préfet : interdiction d’ouvrir au-delà de 22h. Résultat, les délinquants conservent la rue ; les commerçants, eux, baissent le rideau.
Cette marche blanche ne portait pas seulement le deuil d’un quartier. Elle exprimait la colère sourde d’une population trahie, l’abandon programmé d’un centre-ville livré à la criminalité, et la faillite d’un pouvoir municipal devenu étranger à ceux qu’il prétend représenter. Charras n’est pas une exception. C’est l’avant-poste d’un effondrement organisé.















